Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 18:33

Exposition de peinture

Du 28 janvier au 10 février 2012, Katy Becchia Sala expose « les SANS » à la bibliothèque.

Vernissage de l’exposition, en présence de Pierre Grenier, délégué régional de la Cimade du sud-ouest

Vendredi 27 janvier à 18h30
Salle Prosper Mérimée à la bibliothèque municipale, Bd Léon Cladel

Intermède musical avec les Miss Guinguette

Exposition présentée du 28 janvier au 10 février.

A découvrir  du mardi au vendredi de 14h à 18h ;
samedi et dimanche de 10h à 12h et de 14h à 18h.

Renseignements : 05 63 04 28 44

 

Vendredi 3 février à 18h30 - Salle Prosper Mérimée à la bibliothèque municipale, Bd Léon Cladel

Conférence sur la CIMADE : Association de soutien aux étrangers et de défense de leurs droits.

Son histoire et son action en région Midi-Pyrénées et dans le Tarn-et-Garonne seront retracées.

Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Cultures et copinages - Communauté : environs de Toulouse
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Mardi 10 janvier 2012 2 10 /01 /Jan /2012 16:13
Par Bernard Lubat, artiste


Bernard Lubat a reçu le ruban rouge tant convoité. Peut-il l’accepter sans se déjuger ?

"La réalité de l’artiste est la possibilité des autres hommes. » Joë Bousquet. Légion d’honneur ? En quel honneur… Accepter, refuser ? Dans les deux cas, semble-t-il, nécessité de selfs’pliquer. Cette distinction pose problème (comme toutes les solutions), quoi qu’on en dise et médise, méritée ou pas, elle reste hautement symbolique… suscitant fort courroux : être ou ne pas être récupéré, récupérable ? (Tout dépend de quel point de vue on se déplace ! comme disait mon grand-père.)

En l’honneur d’Uzeste Musical – cette « luttopique » des classes de première classe, cet acte déconcentralisé à la base des bases –, c’est ainsi que je l’accepte.

Hommage aux camarades amis(e)s et collègues vivants et disparus qui, contre toute atteinte, vents et chamarrés, font naître et renaître l’Uzeste Musical depuis trente-cinq ans, tous les ans, tous les mois, tous les jours, lui apprennent à grandir sans grossir, à s’improviser sans cible, humour chevillé au corps, pensée critique intacte.

J’ai l’honneur ainsi d’être l’entraîneur-joueur d’une incroyable équipe d’œuvriers créateurs artistes artisans intellectuels syndicalistes enseignants militants bénévoles habitants retraités publics et techniciens du spectacle, ensemble, tous ensemble, collectivités territoriales, partenaires institutionnels, anciens et nouveaux élus, contrats dictions compris(es).

« Être ne suffit pas à l’homme, il lui faut être autre. Ainsi s’exerce la souveraineté de l’esprit. » Aragon.

Quant aux rapports poïélitiques avec l’Uzeste Municipal (de droite ou de gauche et à part une rare exception), le mystère reste rentier… L’ Uzeste Musical aura sans doute toujours à lutter contre cette célèbre et énigmatique « paparano-cacafouillante » qui se bégaye ici comme ailleurs à l’égard de la création artistique contemporaine vitale vivante.

« Aux soleils de la lutte la servitude fond. » Bertolt Brecht.

Ainsi d’ici d’en, pas du pur, plutôt du vrai ; de l’humain de l’humus de l’humeur de l’humour de l’humide. Sur le marché, l’Uzeste Musical ne vaut rien. Grain de sable, sa liberté n’a pas de prix, une vraie légion d’erreurs… de celles qui « laissent des traces, non des preuves ».

Avec et par l’Uzeste Musical, je suis devenu ce citoyen d’art et d’essai qui dérange, qui se dérange (à gauche à droite au centre en haut en bas devant derrière) qui cherche ce qu’il trouve (des emmerdes), qui cherche des histoires, qui les raconte pour payer le prix qu’elles lui coûtent.

« Si nous n’avons plus d’artistes, toute la société perdra courage, et sans courage, il n’y a pas de politique. » Marie-José Mondzain.

P. S. : Sous un gouvernement de gauche, pour les mêmes raisons, j’aurais accepté la distinction et quant à la musique qui me joue, « radicalmement » désagréable à l’oseille, elle ne plaît ni au prince ni au peuple. Ah ! le fric… cette vieille drogue dure, qu’on en manque ou qu’on s’y vautre… nuit gravement à la santé.

Se battre pour sortir la création artistique contemporaine de la marginalité, même si cette lutte est éperdue d’avance, paradoxale, avant-gardiste attardée, anti-systèmes dogmes chapelles mondes finis… Quand la République sait parfois reconnaître ses « petits »…

« Il faut avoir le courage et l’opiniâtreté de présenter au spectateur ce qu’il ne sait pas qu’il désire. » Jean Vilar.

Bernard Lubat

Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Mots d'humeur - Communauté : environs de Toulouse
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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 18:32

Depuis cet automne, 
il n’est plus sénateur. 
Pour autant, il n’a rien cessé de son activité riche et dense d’homme politique, impliqué, engagé.

Il vient de refuser la Légion d’honneur.

Non sur un coup de tête, mais par fidélité 
à ses convictions.

Portrait d’un honnête homme. 


Ce jour-là, nous sommes mi-septembre, Jack Ralite est inscrit dans la discussion sur la loi de finances. Il souhaite défendre un amendement «de justice» dit-il, un amendement qui prendrait  un petit peu aux plus riches, ô ! pas grand-chose ! Ne vous inquiétez pas…» dans le cadre de la solidarité nationale. Il a trois minutes. À la cinquième, le président de séance l’interrompt. «Cher collègue, vous avez dépassé votre temps de parole.» «Oui, répond Ralite malicieux, mais c’est intéressant ce que je vous dis, non ?» «Certes, répond le président, mais ce n’est pas le problème. Vous avez largement dépassé votre temps de parole !» «Je vous demande de me laisser terminer : c’est la dernière fois que je parle dans cette assemblée.» Silence dans le Sénat. «Dans ce cas…» Ralite s’arrêtera de parler à la douzième minute.

Standing ovation pour saluer le travail, la conscience, la présence, la droiture et l’art de ferrailler sec du sénateur communiste qui ne se représentait plus aux sénatoriales à quatre-vingt-trois ans. Ralite se rassoit, souriant. Il est ému.

 

Impossible de tout raconter. Son enfance dans la Marne « marquée par les croix de bois », ces vastes étendues d’ossuaires à ciel ouvert que parcourait son père avec des veuves espérant trouver une alliance, un bijou, un souvenir… Son arrestation, en classe, en novembre 1942. Il a quatorze ans. «Jingot ! Grandouillet ! Ralite ! Vous êtes convoqués au bureau du principal.» Vingt-six élèves et l’aumônier du lycée seront emprisonnés. Il verra de près des hommes torturés réintégrer, le soir, la cellule, le visage tuméfié. Le Père Graser sera déporté. À son retour, Ralite et ses copains du lycée viennent l’accueillir sur le quai de la gare. En l’embrassant, l’abbé trébuche et le heurte légèrement avec une vieille croix qu’il portait à son cou. « Elle est drôle votre croix.» «Jack, tu ne devrais pas dire cela. C’est un déporté ouvrier menuisier communiste de Vitry-sur-Seine qui me l’a faite, je la trouve très belle.» C’est à l’aune de cette rencontre capitale avec un abbé, de ces mots prononcés au retour des camps, le geste de cet ouvrier menuisier de Vitry-sur-Seine qu’il n’a jamais connu qu’il doit son engagement communiste. «Ce n’est pas exagéré de dire que ce jour-là, je suis devenu communiste.»

 

Journaliste à l’Humanité Dimanche, il a créé, à l’initiative d’André Carel, la rubrique Télévision, à la fin des années cinquante. Il y fait de très belles rencontres. Marcel Bluwal, Stellio Lorenzi, Jean Prat, Jean-Christophe Averty… « De 1957 à 1963, les Buttes-Chaumont étaient devenues ma deuxième maison. J’y étais tous les jours. Et c’est rue des Alouettes que j’ai rencontré Jean Vilar que j’applaudissais déjà au TNP. L’amour du théâtre vient de ma fréquentation assidue de toutes ces dramatiques lors de leurs tournages. Se montaient en direct Marivaux, Shakespeare, Tchekhov, Eschyle tandis que Vilar répétait Henri IV de Pirandello.» À cette époque, Ralite est aussi adjoint à la culture et aux écoles d’Aubervilliers. Il organise des «Téléclubs» et les Albertivillariens s’y pressent en nombre. «On regardait la pièce transmise en direct et ensuite le réalisateur et tous les comédiens nous rejoignaient. Il y avait des discussions passionnées qui duraient tard dans la nuit.» En 1959, il fait la rencontre de Gabriel Garran qui veut créer un théâtre à
Aubervilliers. «Le théâtre était dans les objectifs mais pas dans le programme des municipales.»

En 1959, il fait la rencontre
de Gabriel Garran, qui veut créer
un théâtre à Aubervilliers

Mais le maire d’Aubervilliers, André Karman, «Lord maire d’Aubervilliers», disait de lui Adamov, lui donne carte blanche. «Garran est embauché comme cantonnier et avec sa troupe Firmin Gémier de 70 jeunes, ils écument la ville, jouant dans la rue, dans les cages d’escaliers, les squares… L’idée d’un théâtre à Aubervilliers est née de cette expérience.» Jean-Pierre Cassel et Michel Piccoli viennent voir. Jacques Duclos et Waldeck Rocher passent eux aussi. «Je me souviens de Jean Vilar. Il est venu visiter le chantier en compagnie de Jeanne Laurent. Avec Garran, on avait les jambes qui tremblaient.» Le théâtre de la Commune est inauguré le 25 janvier 1965. «Jean Dasté et Antoine Vitez étaient venus auparavant lancer l’affaire.» Garran monte Andorra, de Max Frisch, avec Marie-Christine Barrault. «Dans la salle, il y a donc Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, Louis Aragon et Elsa Triolet»… joli parterre, en effet.

En évoquant ces années-là, «mes années de découvertes», Ralite se souvient des «dix-neuf cars d’Aubervilliers» pour aller au Grand Palais voir l’exposition Picasso et de l’«affaire Garaudy» : «Ça discutait sec dans le parti et avec Waldeck Rochet, je l’ai invité
à venir parler… de Picasso. Ce fut un très beau moment» ; d’André Karman, le maire
d’Aubervilliers, «ouvrier fraiseur, déporté… un être exceptionnel. Je lui dois une grande partie de ma vie. Je ne voulais pas être élu, il a su trouver les mots pour me convaincre».

 

En 1973, il devient député. Un très grand souvenir, la rencontre avec Simone Veil, «une vie impressionnante, la déportation, son combat contre l’antisémitisme, une grande dame». En 1975, elle défend, comme ministre de la Santé, le projet de loi sur l’avortement. Le débat est houleux, insultant à l’égard de la ministre. «Même si elle l’a toujours nié, la violence des attaques était telle que je l’ai vu pleurer. Les arguments de la droite étaient insoutenables et dans le parti, on sortait d’une période pas bien brillante sur le sujet. Je suis intervenu deux fois. J’ai même proposé que l’on modifie l’intitulé initial de la loi qui devait comporter le mot “Avortement” pour l’intituler “Interruption volontaire de grossesse”. L’avis de Simone Veil fut favorable. C’est la première fois que je passais à la télé !»

En 1981, il est nommé ministre de la Santé du gouvernement Mauroy. «Un quart d’heure avant, je ne savais pas que j’allais être ministre. Nous étions en comité central, ça négociait entre Marchais, Fiterman, Mitterrand et 
Mauroy. Interruption de séance. J’attends dans le bureau de Lucien Marest et on me fait dire que Marchais m’attend à l’étage. J’arrive : “Bonjour monsieur le ministre de la Santé !” On est retournés dans la grande salle. Je riais, nerveusement. Guy Hermier en était stupéfait.» La Santé  alors que tout le monde l’attendait à la Culture? «La santé, c’est le corps, la culture c’est l’esprit !», rétorque-t-il en souriant. Ralite se souvient très bien de son arrivée avec les autres ministres communistes à l’Élysée  : «C’était tout simplement impressionnant. Quand je me suis rendu au ministère, les camarades de la CGT m’attendaient, m’ont fait une haie d’honneur…»

 

Ce qui peut sembler contradictoire ou jusqu’alors contre nature, ministre, donc des responsabilités d’État et son engagement communiste, il en fait sa force. «Je ne connaissais pas grand-chose, alors j’ai organisé un Tour de France pour connaître, comprendre.» Première étape, la lainière de Roubaix. «J’arrive à l’usine, le patron avait exposé les plus beaux tissus.» Un patron très élégant, commentant avec précision et minutie les tissages magnifiques présentés au ministre. «Ce sont vos ouvrières qu’il faut féliciter», lui suggère Ralite. Rencontre avec les médecins du travail qui

Aujourd'hui, son agenda
est encore aussi noirci que
celui d'un ministre

se veulent rassurants : «Je me rends dans les ateliers pour écouter les ouvrières. La première chose que j’entends, c’est : “Allez les copines, on débraye !” Et là, elles m’expliquent que “pour avoir un enfant, il faut qu’on fasse deux pertes”. Ce fut terrible. Alors que je partais, l’une d’elles m’a couru après : “Restez donc : on est en train de danser !”»

Autre moment fort, la visite des hauts-fourneaux de Dunkerque. Quatre-vingts ouvriers étaient morts des suites d’accidents du travail en dix ans. «Nous avons été reçus par la direction, les syndicats. On est descendus en dessous de la terre. On était chez Faust. Les gars me disaient combien c’était dur. Je prenais des notes. Ils voulaient une cinquième équipe. “Qu’en pense votre patron ?”, dis-je en me tournant vers lui. “Ah, c’est vous le patron ?” Ils n’avaient jamais vu leur patron…»

Ralite s’entendait plutôt bien avec François Mitterrand. Il a effectué trois voyages officiels avec lui, en Avignon, à Athènes et à Baïkonour. «Dans l’avion de retour d’Avignon, nous nous mesurions à coups d’auteurs, de lectures. À Athènes, j’ai passé trois jours avec Melina Mercouri, un torrent cette femme, quelle séduction, quelle énergie! Elle voulait récupérer les œuvres d’art grecques, et elle était féroce dans la discussion. Mais charmante, joyeuse. Avec Mitterrand, nous avons eu le privilège de visiter le Parthénon la nuit, seuls. Le vent soufflait sur les statues et on entendait jouer de la musique. C’était Maurice Béjart qui, à la même heure, dansait sa “Flûte enchantée”. À Baïkonour, je n’étais plus ministre mais le Président m’avait invité. Quand la fusée décolle, ça vous arrache des larmes…»

 

La fin des ministres communistes ?  Manifestement, il fallait partir. Quelques jours avant notre départ, j’étais à Saint-Dié pour signer un accord sur la formation professionnelle. Je m’entends dire du regard d’un syndicaliste : “Mais qu’est-ce que tu fous là ?” Le lendemain, à Aubervilliers, au centre d’action sociale, il y avait là les plus pauvres et ils me touchaient la main, l’épaule pour me dire : “Ne partez pas pour que la gauche ne nous oublie pas tout à fait.” Deux réactions diamétralement opposées.» Ralite n’éprouve aucune amertume de cette époque, de la tristesse cependant «parce que c’était dur dans le parti et que nous étions devenus des boucs émissaires. Nous étions rejetés. Il faut être passé par là pour le savoir. Mes trois camarades sont partis. Moi, je suis resté... à cause du menuisier communiste de Vitry-sur-Seine. J’ai jamais pensé que c’était la solution». Dès que Ralite prend cette décision, il reçoit des témoignages des gens des arts : «L’idée communiste t’appartient à toi autant qu’aux autres.» Cela le conforte dans son choix. Il est toujours resté en bons termes avec les trois anciens ministres communistes. «Le jour de l’An, on s’appelle. Charles Fiterman vient me voir à Aubervilliers.»

 

«La vérité, l’appréciation de la vérité, se fait dans l’Histoire. Être ministre fut une des plus grandes expériences de ma vie. Mais, je la mets au même niveau qu’Aubervilliers, le théâtre, la télévision ou l’expérience du Collège de France à Aubervilliers… J’étais un ministre heureux. Quand c’était dur, on se battait. C’était plein de contradictions mais passionnant. La grève de Poissy, alors que j’étais ministre de l’Emploi, fut très douloureuse. J’ai refusé de faire évacuer l’usine, je n’avais pas été nommé ministre pour faire appel à la police. La décision fut prise au cours d’un miniconseil des ministres en soirée. J’y étais. Je n’ai pas approuvé.»

 

Qui a déjà entendu Jack Ralite parler, en public ou en privé, sait combien il aime à citer des phrases, des mots d’auteurs. Pas pour faire étalage de ses connaissances. Ce serait stupide que de le penser. Ralite se nourrit au quotidien de littérature, relit, cherche un mot, une image, une idée qui pourraient illuminer sa pensée. Alors il les cite «avec tendresse» comme il dit. Je ne sais plus à quel moment il me parle des mains. «La main, c’est l’endroit du corps que je préfère. La main de Mme de Rênal qui prend celle de Julien Sorel dans le jardin de Verrière…» Stendhal, le Rouge et le Noir, le livre qui lui a ouvert «l’allégresse, l’intime, l’énergie». Dans son panthéon littéraire, on y croise Benjamin Constant et son «Adolphe, autre amour impossible», Marc Bloch, «cet immense historien résistant», les écrits de Robespierre «ce guillotiné de naissance comme l’appelait Julien Gracq», «Dreyfus» par Jacques Kayser… L’une de ses plus grandes fiertés, c’est d’avoir créé les états généraux de la culture en 1987, «le plus grand événement culturel depuis la guerre», avec des milliers d’artistes, d’intellectuels de France et du monde qui avaient répondu présents.

 

Aujourd’hui, son agenda est encore aussi noirci que celui d’un ministre qui alterne réunions de travail dans de multiples commissions, associations, des journées au pas de charge qui se finissent le plus souvent par une représentation théâtrale. Ralite s’intéresse au travail à travers les réflexions et les travaux d’un chercheur au Cnam, Yves Clot, qui l’a entraîné «dans cette aventure en mouvement. Ne parler que de l’emploi, c’est mutiler le travail. Cette question est centrale à tous points de vue». Ralite multiplie les rencontres, les débats à ce sujet, sans faillir. «Je suis content d’arriver à cette partie de ma vie, la partie finale comme on dit. J’ai des amis, certains sont morts, d’autres sont vivants. Karman m’a ouvert la porte d’une vie qui ne pouvait qu’être pleine. Yves Clot est en haut de l’escalier.» Et puis, soudain, il ajoute : «Je vais radoter, dit-il comme en s’excusant. Nous avons tous un héritage et nous devons le défendre mais nous en défendre aussi sinon, nous aurions des retards d’avenir. Nous serions inaccomplis.» C’est de Predrag Matvejevitch. Rencontré «pour toujours à Sarajevo pendant la guerre barbare de Bosni». Et puis, cette phrase qu’il vous lance comme une bénédiction laïque, d’un de ses poètes de chevet, René Char : «L’inaccompli bourdonne d’essentiel.»

 

Ils étaient tous À Aubervilliers, chapeau jack !  Deux soirées, deux grandes et belles soirées se sont déroulées à l’automne dernier à Aubervilliers à l’occasion de la fin du mandat de sénateur de Jack Ralite. Elles ont réuni plusieurs centaines de personnes, amis proches ou lointains, militants, simples habitants, artistes, intellectuels. On a pu y croiser : Michel Piccoli, Dominique Blanc, Jacques Bonnaffé, Anouk Grinberg, Dominique Valadier, Grand Corps malade, Pierre Santini, Ernest Pignon-Ernest, Françoise Arnoul, Édith Scob, Agnès Sourdillon, Didier Bezace, Gabriel Garran, Marcel Bluwal, Bartabas, Chantal Morel, Bernard Faivre d’Arcier, François Verret, 
Alain Françon, François Tanguy, François Rancillac, Valère Novarina, Noëlle Chatelet, Danièle Sallenave, Jacques Rosner, Roger Kahane, François Regnault, Jean-Paul Wenzel, Hugues Quester, Jean-Marie Drot, Frédéric Mitterrand, Jean-Pierre Bel, Pierre Laurent, Nicole Borvo, Roland Leroy, Catherine Tasca, Étienne Pinte, Charles Fiterman, Patrick Braouezec, Jacques Salvator, Leïla Shahid, Antonin Liehm, Andrei Gratchev, Elias Sanbar, Samar Yazbek, Farouk Mardam-Bey, Carlo Ossola, 
Pierre Musso, Yves Clot, Emmanuel Wallon, Nicolas Monquaut, Jean-Pierre Dumortier, Jean-Pierre Duport.
Ont envoyé des messages : Isabelle Huppert, Pierre Boulez, Jacques Dutronc, Patrice Chéreau, Costa-Gavras, Juliette Gréco, Bernard Lavilliers, Robert Guédiguian, Ariane Ascaride, Bernard Noël, Clémentine Autain, Luciana Castellina, Abdalatif Laabi, 
le général bosnien Divjak, 
Ariane Mnouchkine.

 

Entretien réalisé par Marie-José Sirach

Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Ils, elles le disent si bien - Communauté : L'âme du poète
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Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 18:44

Je viens de loin

Je viens de la lune,
D'un endroit où l'on naît différent.
Je viens des étoiles qui brillent là haut,
De cet espace où mon sang
Comme les autres, est aussi beau.
Pourquoi me sortir de ma bulle ?
Je n'en n’ai pas l'âge et je recule.
Je me sens mal, mon cœur me brûle.
Ces regards me tuent et m'effraient.
Ils m'usent par leur méchanceté.
Je dois me protéger....
Quelle est cette différence ?
Pourquoi tant de dissemblance ?
Je suis née avec cette apparence....
Mon corps diffère mais mon cœur est le même.
Comme vous, je crains les chatouilles, je ris.
Moi aussi j'ai besoin qu'on m'aime.
Vous ne savez pas qui je suis.
La nuit tombe et devant votre haine,
Je me morfonds dans mon lit.
Certaines personnes que j'aime me quittent.
Heureusement que des hommes gentils
Comme toi Gérard, ont du mérite
Et me permettent de continuer ma vie.
Toi et maman vous m'aidez à faire face
Vous me protégez de ces inconnus qui passent.
Quelle est cette différence ?
Pourquoi tant de dissemblance ?
Je suis née avec cette apparence....


Mathilde Planchon 2007

(avec son aimable autorisation)

 

 


Je vous invte à visionner ce clip et à voter (en haut à gauche de la vidéo)

Mathlde est une jeune femme que j'ai eu la chance de croiser, dans ma classe en région parisienne. Je ne sais toujours pas qui fut l'élève de l'autre, bien qu'au bénéfice de l'âge... On a toujours à apprendre!
Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Ils, elles le disent si bien - Communauté : SOIF DE LIRE...
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Vendredi 23 décembre 2011 5 23 /12 /Déc /2011 13:29

En 1975, Pif Gadget invitait ses lecteurs à planter une petite brindille d'épicéa. Trente six ans après, un Toulousain s'est mis en quête des sapins Pif. Et sa "chasse" suscite des vocations.

Joël Fauré, fonctionnaire au greffe du tribunal de Toulouse, avait 13 ans et habitait à l'orée de la forêt de Buzet-sur-Tarn lorsque le numéro 347 du magazine avertissait sur sa une: "Attention, dans deux ans, ce sapin sera plus grand que toi".

"Pif et ses gadgets étaient révolutionnaires à l'époque. Mon père m'a aidé à planter mon arbre et très vite il s'est épanoui", se rappelle-t-il. La maison familiale a été vendue après la mort de ses parents, mais l'arbre est toujours là. Il fait douze mètres et "raconte mon propre parcours", dit Joël Fauré, 49 ans. Le nouveau maître des lieux lui a fait la promesse de le préserver.

360 000 pousses vendues

Au total, il s'est vendu 360.000 pousses de sapin sous plastique, un succès à rapprocher de celui des pifises, drôles d'oeufs de crustacés écoulés à un million d'exemplaires, ou des pois sauteurs du Mexique, rapporte Joël Fauré (voir son blog ici). "Je me suis dit qu'il y avait potentiellement 359.999 autres sapins pifesques" témoins d'autant de tranches de vie. Il en parle en 1997 à la Dépêche du Midi mais c'est surtout depuis l'été 2011 et un "appel de la forêt" lancé dans le Monde Magazine que le sujet explose.

Des sapins qui déménagent

Depuis, les planteurs de sapins Pif se font connaître et les histoires abondent en Lorraine, en Provence, dans l'Oise, à Poitiers, en Alsace... Certains arbres ont même déménagé avec leurs propriétaires, comme celui-ci, de Vitry-sur-Seine (94) à Bannalec dans le Finistère.

Marie-Christine, en Bourgogne, raconte comment son père, à la vue de la brindille rabougrie, s'était exclamé "avec un pessimisme très légitime: "Ben, t'es pas prête à te mettre à l'ombre dessous". Le bel arbre toise maintenant la maison familiale où réside ma mère désormais seule. Et, de temps en temps, je vais bouquiner à l'ombre de mon Pif... histoire de faire mentir mon père."

  • A lire:

28 mars 1948: et Arnal créa Pif le chien

Et retrouvez la nouvelle version des aventures de Pif dans chaque édition de l'Humanité

  • à lire à ce sujet:

L'Humanité en ordre de bataille pour 2012

Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Cultures et copinages - Communauté : environs de Toulouse
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Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 11:24

Rebelle dans l’âme et d’une bouleversante simplicité, l’immense chanteuse capverdienne laisse un héritage universel, entre morna mélancolique et coladeira subtilement allègre. Par Fara C.

Elle semblait sans âge, immortelle, bien que nous la sachions malade. Hier, la triste nouvelle est tombée. La diva aux pieds nus s’en est allée rejoindre son père trop tôt disparu (elle avait sept ans) et son oncle, l’immense compositeur B. Leza, mort dans le dénuement et dont elle a interprété sans répit les perles, afin de lui rendre justice. Hier soir, lors du Bal de l’Afrique enchantée qui a magnifiquement clôturé Africolor au Forum du Blanc-Mesnil, tous les artistes et les MC, Soro Solo, Vlad, Sayon Bamba, l’orchestre Les Mercenaires de l’Ambiance et, enfin, le légendaire Zao, ont rendu un vibrant hommage à la Créole africaine.

A l’image des chansons à la fois nostalgiques et syncopées qu’elle fredonnait au creux de notre cœur, le visage de Cesaria Evora oscillait entre regard espiègle et moue empreinte de gravité.

L’inextinguible soif de liberté caractérise l’existence et l’œuvre de la chanteuse capverdienne. Cize, ainsi que la surnomment affectueusement ses amis, avait trouvé, en José Da Silva, directeur du label indépendant Lusafrica, le producteur et manager qui lui convenait exactement. « José a été le premier professionnel de l’industrie musicale à me témoigner un véritable respect, et cela tout au long de ma carrière, me confiait-elle un jour. Tout a décollé avec lui ». La reine de la morna, qui avait été arnaquée des années durant, ajouta : « Je dois beaucoup aussi à la France, où l’on m’a comprise et traitée comme une artiste à part entière».

Le miel doucement amer de la mélancolie

Dans les années 60, Cesaria commença à enregistrer et à se produire sur scène. Tout le monde perçut aussitôt le talent qui se nichait dans sa gorge. « On m’appelait pour chanter, mais on me payait des cacahuètes. J’en ai eu marre. Dans les années soixante-dix, je me suis retirée ». Ce n’est qu’en 1985, grâce à des faces gravées au Portugal avec Bana, emblématique chanteur capverdien, que l’on entend de nouveau l’indomptable mutine. José Da Silva la découvre alors. La collaboration avec ce jeune producteur franco-capverdien propulsera Cesaria au sommet des charts, en à peine quatre ans et trois albums - « La Diva aux pieds nus » (1988), « MarAzul » (1991) et « Miss Perfumado » (1992), disque de la consécration internationale.

Son pays était encore sous le régime socialiste, quand je l’ai vue, il y a une vingtaine d’années, au Piano-Bar de Mindelo, sa ville natale. Elle n’avait pas encore percé hors de l’archipel. En ce petit club, discrètement assise dans un coin, seule à une table, elle attendait, sirotant un whisky et allumant de temps à autre une cigarette, que le public la réclamât.

Dès que s’éleva son chant, tous les spectateurs furent saisis d’émotion. Il semblait, à lui seul, libérer soudain tous les sans-voix de la planète. Même si l’on ne comprenait pas un mot de portugais, on y sentait le miel doucement amer de la mélancolie, la mer qui ballotte les migrants et l’exil, le ressac de la mémoire qui bat le chapelet d’îles.

« La cage en or du gros showbiz ? J’en veux pas »

Après son concert à la Fête de l’Humanité, en 1997, lorsque je lui avais demandé quel message elle souhaitait exprimer à nos lecteurs, elle avait déclaré : « Faites encore la fête, tout en continuant à poser des questions au monde. Je n’y connais rien à la politique, mais j’ai éprouvé ici quelque chose de spécial : une fraternité ». Miss Perfumado déploie, en définitive, une insoumission plus forte que nombre de discours ronflants. Elle s’est entêtée à mener en toute indépendance son parcours d’artiste (« La cage en or du gros showbiz ? J’en veux pas, je suis bien avec Lusafrica ») et sa vie de femme (« Pas d’homme à la maison ! On ne me commande pas »). Cesaria Evora, à l’exigeante créativité, incarne l’impertinence et l’art de la débrouillardise, le génie créateur et l’humble majesté du petit peuple.

  • SELECTION DISCOGRAPHIQUE

Quelques disques phares :

1988, « La Diva aux pieds nus », le premier disque international, produit par José Da Silva ; il a révélé Cesaria Evora hors de son pays.
1991, « MarAzul », amorçant le passage à un album totalement acoustique ;
1992, « Miss Perfumado », l’opus de la consécration planétaire.
1995, « Cesaria », confirmant le triomphe ;

Suivront, entre autres, « Cabo Verde », « Voz d’amor », « São Vicente di longe » et l’ultime « Nha sentimento » (2009).
En outre, en2003, le disque « Club Sodade », remix électro de chansons (Petit Pays ; Angola ; Besame mucho ; Sodade, etc.
En 2010, « Cesaria& », compilation de duos par Cesaria Evora avec ses invités, Bonga, Bernard Lavilliers, Ismaël Lo, Salif Keita, Compay Segundo, Caetano Veloso, Goran Bregovic, Teofilo Chantre...

  • Des chansons étoiles :

Mar Azul
Cize
Cabo Verde
Sodade
Angola
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Petit Pays

Fara C.

Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Ils, elles le disent si bien - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Samedi 3 décembre 2011 6 03 /12 /Déc /2011 13:28

festival lettres d'automne

 

 

 

 

 

 

 

 

Le festival montalbanais «Lettres d'Automne » a effectué sa traditionnelle délocalisation à la bibliothèque de Moissac jeudi 1er décembre. Plus d'une centaine de curieux sont venus à la rencontre de l'invitée d'honneur, l'auteur libanaise, Vénus Khoury-Ghata. Accompagnée du directeur du festival Maurice Petit, l'artiste a partagé une soirée avec une salle comblée de pouvoir entendre les textes de l'écrivain être lus à voix haute. La romancière a également pu admirer les créations qui composent l'exposition « Voix d'Orient ». L'exposition fait suite à un projet lancé au mois d'octobre dernier qui donnait la possibilité à tous (particuliers, associations, institutions, amateurs ou professionnels) de créer une ou plusieurs œuvres plastiques autour de l'écriture de l'auteur invitée. Exposition à la bibliothèque municipale jusqu'au 10 décembre. Entrée libre.

 

Et surtout un bon anniversaire à Elsa...

Démocrite

 

Lire aussi Vénus Khoury-Ghata à Montauban

et aussi à Moissac

 
Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Cultures et copinages - Communauté : environs de Toulouse
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Mercredi 16 novembre 2011 3 16 /11 /Nov /2011 22:15

Quand tout disparaît, travail, usines, comment ne pas sombrer dans l’individualisme, la résignation ou la haine ? Avec les Neiges du Kilimandjaro, le cinéaste rebat les cartes de l’espoir, de l’utopie, de la vie, inspiré par un des poèmes de la Légende des siècles, de Victor Hugo. Entretien.

Découvert, lors de sa présentation au dernier Festival de Cannes, comme l’un des films politiques les plus stimulants, avec Le Havre, d’Aki Kaurismäki, ou l’Exercice de l’État, de Pierre Schoeller, les Neiges du Kilimandjaro revient à Marseille, après le Paris de l’Armée du crime. Ni Conte de l’Estaque ni film noir, cet opus, qui sort aujourd’hui en salles, creuse sous un autre angle la problématique du précédent. Par les temps qui courent, la rencontre avec l’auteur s’imposait d’autant plus.

Un an avant le 21 avril 2002, vous signiez La ville est tranquille, la réalité de ce film-là a empiré depuis et imprègne ce film-ci…

Robert Guédiguian. Dans La ville est tranquille, on laissait chacun à ses affaires ou, disons, à ses malheurs. Le constat posé dans les Neiges du Kilimandjaro est terrible mais l’attitude de ce couple est exceptionnelle, héroïque, exemplaire, au sens strict du terme. Tout le paradoxe sur lequel est construit le film est d’être encourageant quand la situation dépeinte, elle, est catastrophique. Il y a là quatre figures ouvrières antagonistes. Avec Gérard Meylan, nous avons une figure dure, réactionnaire, pas loin de glisser vers l’extrême droite. Les enfants, eux, sont très agaçants, tant ils ne sont pas à la hauteur de leurs parents, se contentant de leur petit confort qui fonctionne ; tout ça vivote et surtout ne prenons aucun risque, restons entre soi, mettons des œillères – eux sont un peu « les tièdes » que « Dieu vomit ». Avec le personnage de Grégoire (Leprince-Ringuet – NDLR), surgissent le sentiment d’injustice, presque révolutionnaire, égalitariste, et une figure très contemporaine, celle de l’ignorance, de la méconnaissance de ce qu’ont pu faire pour les autres ces deux-là, Michel et Marie-Claire (Jean-Pierre Darroussin et Ariane Ascaride – NDLR), des vrais, des militants de base, ceux qui, enfin, sont «parfaits». Voilà quatre comportements possibles dans ce monde des « pauvres gens », cela dit par commodité. Renoir disait que «chaque personnage a ses raisons» mais Michel et Marie-Claire, eux, ont raison. Si je peux expliquer les autres comportements, je ne les justifie absolument pas. Eux attendent de savoir avant de juger, voilà un sentiment que j’aime bien : se sentir responsable. Je supporte de moins en moins les gens pour qui tout ce qui arrive n’a rien à voir avec leur propre vie.

"C'est une des grandes questions d'aujourd'hui :
ramener à la politique des gens foncièrement convaincus
qu'elle ne sert à rien"

Moins que celle de la disparition de la classe ouvrière, votre film ne pose-t-il pas plutôt la question du devenir de la conscience de classe ?

Robert Guédiguian. La classe ouvrière, en tant que telle, n’a pas disparu, même si le travail a disparu ou changé de nature, en particulier dans l’industrie. Si l’on regarde du côté des salariés de France Télécom par exemple, ils ont des payes de smicards mais ils n’ont pas le «look». Ils sont en costume, ne travaillent pas en plein air et sont harcelés au travail. Beaucoup de gens se sont prolétarisés, des millions d’employés par exemple, que je ne montre pas, mais qui sont du côté des « pauvres gens » du poème de Victor Hugo. Cette expression littéraire, je l’avais utilisée dans une tribune publiée contre le TCE pour parler de tous les gens qui n’avaient que faire de cette constitution et de cette Europe-là, tous ceux qui gagnent moins de 2 000 euros par mois, et qui sont 80 %. Donc je pose la question : comme il existait une conscience de la classe ouvrière, peut-il exister une conscience des pauvres gens, au sens de la fierté d’être ouvrier ? Qu’en est-il pour un employé, qui se sent presque comme un cadre ?

Qu’est-ce qui, au fond, meut ces deux figures de Michel/Darroussin et Marie-Claire/Ascaride ?

Robert Guédiguian. Ce sont des gens qui se sont toujours battus collectivement et, je crois, que par-delà la fin du film, ils vont continuer à se poser des questions sur la transmission : comment fait-on pour que les nouvelles générations prennent le relais. C’est un geste de fiction mais je crois qu’ils vont énormément se soucier des jeunes gens autour d’eux. Ce fil s’est interrompu. Ils étaient accaparés toutes ces années par le souci que les choses se détricotent moins vite, reculent moins vite ; une fonction de frein plutôt qu’une force de proposition : se battre sans arrêt du côté du maintien de ce qui a été arraché. Tout ce temps ne pouvait être consacré à raconter comment tout cela a été conquis à ceux-là mêmes qui n’en bénéficient pas et sans qui on ne gagnera pas. C’est une des grandes questions d’aujourd’hui : ramener à la politique des gens foncièrement convaincus qu’elle ne sert à rien.

D’où l’appel à Jaurès ?

Robert Guédiguian. Cette fin du discours d’Albi, intégrée au film, est une définition de la grandeur que peut atteindre un individu, au travers des différentes formes de courage. Jusqu’à la maladie, l’amour et la vieillesse, Jaurès englobe toutes les activités humaines et pointe dans chacune les éléments de courage possible.

On va trouver en chemin un garçon de café (Pierre Niney) assez solaire, presque pasolinien…

Robert Guédiguian. C’est un peu un «signe», ce garçon gai comme un pinson. On l’a voulu comme une intervention divine, laïquement parlant, au moment où ces deux-là n’arrivaient plus à fonctionner comme couple. Il fallait comme un petit coup de bonheur pour relancer Marie-Claire et qu’elle se remette à combattre quand on est dans la pire situation.

Comment vous êtes-vous posé cette question de la transmission ?

Robert Guédiguian. Je pars toujours de moi. Évidemment, je ne me posais pas cette question il y a vingt ans. J’y suis confronté en particulier au travers de mes filles et de ce qu’elles me racontent. Je sais très bien que les manifestations des Indignés, un peu partout sur la planète, ne supportent pas l’idée d’organisation. Je suis obligé de me demander pourquoi. Une question qui existe est forcément posée. Pourquoi ne veulent-ils entendre parler ni de partis ni de syndicats ? Je crois que c’est pour la raison évoquée tout à l’heure, sans jeter la pierre à personne car je me mets dedans. Je me mets dans les vieux communistes et j’essaye de comprendre ces jeunes.

"Il y a un discours qui, plus qu'il m'indispose, m'indiffère,
c'est ce discours individualiste, libéral, du "mérite" "

Toutes ces années, on était préoccupés par le souci de maintenir les acquis politiques et les acquis sociaux, elles n’ont pas permis de penser un autre monde. Tout cela s’est arrêté tragiquement avec la chute du mur de Berlin. Ce mouvement me plaît, comme tout mouvement de révolte, mais il est très faible théoriquement et idéologiquement. Ils ont raison d’être à fleur de peau : on va camper sous la neige à Wall Street… C’est courageux et insistant mais ça ne peut pas se transformer demain en une nouvelle organisation. Je pense qu’ils ne le souhaitent pas.

Mais vous-même avez quitté le PCF après la rupture du programme commun ?

Robert Guédiguian. J’ai mis trois ans à rendre ma carte, au début des années quatre-vingt. Comme souvent, l’on ne peut rester dans un endroit où on n’est pas d’accord. C’est le syndrome «Assurancetourix», comme dans tout groupe… Je ne supporte pas qu’il n’y ait pas d’efficacité. Le plus difficile était d’être entendu. Alors ce que je ressentais à l’intérieur, je l’ai dit ailleurs, en rencontrant le cinéma, qui m’intéresse aujourd’hui plus qu’hier. Il fallait que j’aie une bouée. Le cinéma a eu cette fonction. Je travaillais sur des choses que je ne voulais pas voir disparaître, d’où mes premiers films. J’ai mis un certain temps à m’apercevoir que c’était du cinéma et qu’il fallait donc me poser des questions de cinéma. Aujourd’hui, je pense que c’est politiquement efficace. Je vais chercher une geste utopique mais réalisable, quelque chose de l’ordre de la fraternité, à l’image de ce que j’ai travaillé dans Marius et Jeannette ou dans À l’attaque ! En ce sens-là, Marseille est vraiment un théâtre plus que le réel de Marseille, tout comme l’Estaque, bien entendu : c’est l’Eldorado !

Pourtant, et encore dans Parlons politique !, votre livre d’entretien avec Maryse Dumas, vous vous dites toujours communiste.

Robert Guédiguian. L’«idée communiste», comme dit Badiou, est à reformuler. On sait tous ce dont il s’agit mais quelle forme peut-elle prendre ? Cela, on le sait moins. L’utopie communiste est à revisiter en essayant de dessiner quelque chose. On l’oppose sans arrêt à la fatalité de l’état de chose existant. On oppose toujours la fatalité de la «mondialisation» à ceux qui veulent «démondialiser», comme dit Montebourg. Et si, effectivement, la faillite des États était réelle, que l’Europe explosait et que l’euro disparaissait ? Ce serait moins grave qu’une catastrophe naturelle ou nucléaire de type Fukushima : il resterait les gens. J’ajoute toujours, avec sarcasme, qu’une crise globale est moins préoccupante pour les plus pauvres que pour les plus riches et les couches moyennes… On nous dit qu’il faut sauver quelque chose dont personne ne sait plus, depuis des années, quel sens cela a. Il faut qu’une parole devienne évidente. Dans l’histoire, souvent, un individu a synthétisé ce que le collectif produisait. Marx le premier aurait dit qu’il était le produit de son époque. Le Manifeste du parti communiste était une commande, pour fédérer les intuitions de l’époque, les gens qui avaient ces intuitions. Et pour théoriser ces intuitions, il fallait une écriture du rêve. C’est tout cela que j’aimerais voir advenir. Le seul rêve possible en opposition à ce système de production, ce développement capitaliste international, c’est l’idée communiste. On n’a pas fabriqué autre chose.

Et donc, quel est votre communisme ?

Robert Guédiguian. Mon communisme c’est l’idée que je continue à penser que, s’il n’y a pas une propriété collective du monde, que le monde doit appartenir à tout le monde, ce monde continuera à produire des inégalités, qu’on ne pourra «corriger». C’est une idée générale qui se positionne comme un choix moral, éthique et n’est pas de l’ordre de la «rationalité économique». On est dans le partage ou pas. Ou bien je pense que le type à côté de moi a le droit de manger comme moi ou bien, parce que j’ai des parents riches, que je gagne plus, je dois manger plus.

"Les combats sont plus axés sur les gens qui votent
que sur ceux qui ne votent pas"

Il y a un discours qui, plus qu’il m’indispose, m’indiffère, c’est ce discours individualiste, libéral, du «mérite». Il fait autant partie de l’histoire de l’humanité que le discours de l’égalité. Moi, je suis du côté de l’égalité. Je dis que l’on peut augmenter le smic dès demain matin mais à condition que tout le monde soit d’accord. Cela implique que ceux qui gagnent 2 000 euros ne se vexent pas que les smicards gagnent 1 700 euros, parce qu’il existe une politique de vexation du peuple. C’est mon droit le plus strict de penser que je peux gagner moins pour que les autres puissent gagner un peu plus. À Agat (la maison de production qu’il a cofondé – NDLR), l’échelle des salaires est de 1 à 4, alors qu’il pourrait en être autrement.

Pour autant, vous ne goûtez guère les économistes et autres experts…

Robert Guédiguian. Tout cela n’est pas de l’ordre du «vraisemblable» ni de la «rationalité économique». Les experts et les spécialistes en tout genre cachent toujours ce dont je parle ici, quand je parle d’éthique. Ils pensent toujours les choses comme des phénomènes naturels dont ils savent quelque chose mais pas le tout. Les taux de change, les échanges entre deux pays ne sont pas de l’ordre de la nature. On ne dit jamais pour quels intérêts ça va et vient. Leurs discours jonglent avec des chiffres tellement exorbitants qu’il faut un certain temps pour les visualiser mais ils ne disent jamais la philosophie qui sous-tend leur discours.

 

Vous soutenez la démarche du Front de gauche. Qu’en attendez-vous ?

Robert Guédiguian. Je crois que le Front de gauche doit travailler extrêmement plus à faire adhérer les jeunes gens, à s’ouvrir vraiment à eux. C’est très difficile : travailler en s’oubliant un peu. Je crois qu’il faut absolument considérer la politique hors élection. Voter compte, bien entendu, mais pour rebâtir l’hégémonie – au sens de Gramsci –, il y a des actions à monter au quotidien, qui ne produiront pas des résultats immédiats, qui demanderont un certain temps mais qui feront surgir la surprise. C’est un travail de reconquête, que les idées re-pénètrent le peuple. Il faut peut-être aller voir les Indignés et leur faire lire des livres d’histoire (rire). Il n’y a pas que les urnes même s’il faut avoir des élus. Mais c’est un effet pervers de la démocratie : être élu, ça prend du temps. Pour les uns, sur le terrain politique, le combat est mobilisé par le fait qu’il faut disposer de beaucoup d’élus ; pour les autres, sur le terrain syndical, pour que les acquis du siècle ne soient pas effacés, détruits. On a là deux grands axes mais le troisième, celui de la transmission, est absolument négligé. Il ne s’agit pas de mettre tout cela sur le dos de la qualité et de la quantité des militants mais tout le monde, du haut en bas, plus les intellectuels, doit en être convaincu.

Alors, « que faire », comme disait l’autre ?…

Robert Guédiguian. Il est incompréhensible que le Front de gauche ne cartonne pas dans les quartiers populaires, dans les banlieues. Les combats sont plus axés sur les gens qui votent que sur ceux qui ne votent pas. Je trouve que son discours s’adresse et devrait entendu par ceux qu’il veut défendre, et ce sont ceux qui ne vont pas voter. Cela pose la question du militantisme parce que, si Jean-Luc Mélenchon passe sur Canal Plus, ce sont des gens comme moi qui le voient, pas eux. Alors, où sont-ils ? Comment leur parler ? Avec un résultat qui ne peut être ni évident ni immédiat. On revient là au film : au niveau individuel, Christophe, Marie-Claire et Michel, même s’ils s’engueulent, vont se parler très amicalement. Je mesure l’immensité de la tâche. Elle demande de la patience. Il faut repartir. Il n’y a pas eu que du déclin mais une cassure de vingt-cinq à trente ans dans ces valeurs ouvrières, de gauche – même si je me méfie de ce terme, « valeurs », parce que tout le monde en a, il faut donc les définir –, ces traditions d’ouverture, d’internationalisme… Tout se passe comme s’il fallait recommencer de zéro, comme si ces choses étaient une langue étrangère. Cela demande beaucoup d’habileté et d’humilité. Il faut être dans la bonne attitude, celle de Michel et Marie-Claire.

 

  • Lire :

--> La critique des Neiges du Kilimandjaro

Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Cultures et copinages - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mardi 15 novembre 2011 2 15 /11 /Nov /2011 13:22
Michel Charneau et sa guitare polyglotte./Photo DDM
Michel Charneau et sa guitare polyglotte

Samedi 19 novembre, à l'amphi du Matin musical, concert de Michel Charneau.

Un récital coloré et sans frontières où se croiseront musique brésilienne, chanson française, jazz, musiques espagnole, classique et folk.

Une guitare polyglotte

Utilisant des techniques de jeu variées et parfois rares, Michel Charneau a choisi d'émailler son répertoire d'adaptations de thèmes connus traduits dans le langage de son instrument et subtilement détournés. De la guitare, rien que de la guitare... Oui mais de la guitare polyglotte.

Informations pratiques

De 21 heures à 22 h 30. Entrée: 10 € (gratuit pour les enfants). Rendez-vous à l'amphi du Matin musical, par le boulevard de Brienne et allées Marengo.

Sur réservation: il faut téléphoner au 05 63 04 96 71 les mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi de 10 heures à 12 h 30 et de 15 heures à 19 heures.

Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Pour rire et sourire - Communauté : environs de Toulouse
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Mardi 15 novembre 2011 2 15 /11 /Nov /2011 13:20
Jacqueline Meunier, coprésidente de l'Avica, a ouvert le bal des discours./Photo DDM, Michel Bony
Jacqueline Meunier, coprésidente de l'Avica, a ouvert le bal des discours./Photo DDM, Michel Bony

L'espace République a connu l'effervescence des grands soirs avec le vernissage des œuvres de Jean Coladon, artiste peintre parisien d'origine, installé depuis vingt ans maintenant dans notre Tarn-et-Garonne. De nombreux invités avaient répondu présents du côté de la municipalité mais on a aussi pu remarquer la présence de Raymond-Alexis Jourdain, sous-préfet de Castelsarrasin et grand amateur d'art, venu en voisin.

Jean Coladon est un peintre figuratif qui dessine de nombreuses esquisses jusqu'à une parfaite conception de l'ensemble qu'il reproduit. Le nu féminin est sa grande source d'inspiration, les femmes y sont mises en valeur. Dans les mots de bienvenue de la coprésidente de l'Avica, Jacqueline Meunier a tenu à souligner combien elle appréciait les œuvres présentées et soulignait que chaque toile était différente, ayant sa propre histoire. Jean Coladon a, pour sa part, remercié les nombreuses personnes présentes parmi lesquelles se trouvaient certains de ses modèles !

Ce fut ensuite autour du sous-préfet de prendre la parole pour parler de l'exposition mais aussi de la culture en général qui a aussi sa place dans les territoires ruraux, ce dont il s'est félicité.

L'animation du territoire par la culture

«Je voudrais dire aux élus du département, à Valence-d'Agen singulièrement, mais aussi aux autres, que, depuis que je suis ici, je constate que l'animation du territoire par la culture, quelque soit sa forme, est beaucoup plus intense que celle que nous connaissons dans certaines grandes villes car la densité de population fait qu'effectivement, il ya des événements auxquels ne participent pas autant de personnes. Ici la culture est portée par la population tout entière, il n'y a qu'à voir le nombre de personnes dans cette salle d'exposition. Dans les expositions parisiennes, on ne voit pas les classes enfantines découvrir les galeries ou les expositions dans les musées. La vie culturelle d'un territoire, c'est ce que vous faites ici, je découvre cette culture vivante portée par les élus locaux, par les associations, avec beaucoup de bénévolat, et grâce à cela, le territoire est animé par le haut. Je salue donc à la fois M. Coladon et notre territoire.» Après tous ces mots très chaleureux, il était temps pour tous les invités de faire connaissance avec un buffet des plus copieux qui fut très apprécié et qui permit de faire de nombreux échanges sur cette exposition qui devrait connaître un gros succès.

 

Michel Bony

Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Cultures et copinages - Communauté : environs de Toulouse
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