Samedi 4 juillet 2009
Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Ils, elles le disent si bien - Communauté : L'âme du poète
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Mercredi 17 juin 2009
Au programme le Samedi Soir
Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Cultures et copinages - Communauté : Vive le désordre !
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Samedi 13 juin 2009

En hommage à toutes les Géraldine, Florence, Sabrina, Laurence, Elodie, à tous les Philippe, Sébastien, et bien d'autres qui ont valorisé mon travail, et participé à la guérison d'la Grande Dame...Qui est encore bien malade...

Une lettre pour empêcher la mise à la rue des AVS-EVS...
http://sauvons-lecole.over-blog.com...

Monsieur Le Président,

Un p'tit bonheur sur une page,
Une douceur... pour l'Education Nationale.
Je le confie à la toile,
La grande toile du progrès,
Afin qu'il tisse les voiles...
De la solidarité,
Et qu'il rayonne aux ondes...
De l'humanité.
Je suis Professeur des Ecoles
Dans un petit village de l'Eure,
Trois cents âmes y demeurent,
Et vingt- six élèves à l'école...
Une classe, dite « unique »,
Mais cinq cours, dits multiples...

Un p'tit bonheur sur une page,

Une douceur... pour l'Education Nationale.
Je le confie à la toile,
La grande toile du progrès,
Afin qu'il tisse les voiles...
De la solidarité,
Et qu'il rayonne aux ondes...
De l'humanité.
Je suis Professeur des Ecoles
Dans un petit village de l'Eure,
Trois cents âmes y demeurent,
Et vingt- six élèves à l'école...
Une classe, dite « unique »,

Mais cinq cours, dits multiples...
Dans cette école une chance,
Un p'tit morceau de bonheur,
Qui s'écrit avec ces trois lettres:
Employée de la Vie Scolaire...
Pour l'Education Nationale,
Un p'tit bonheur, c'est pas banal, Un léger baume sur le coeur
De cette Grande Dame
Un peu... bancale !

Notre bonheur, c'est Géraldine,
En silence elle participe
A la guérison d'la Grande Dame...
Elle est..une Valeur Ajoutée
HUMAINE rentabilité,
Et c'est du bonheur... assuré !

Dès le matin, elle s'active,
C'est sur le net qu'elle s'incline
Les courriers, les notes de service,
Toutes les infos de l'inspectrice,
Et celles de l'Académie...
Mes mots notés au brouillon,
Les compte-rendus de réunion,
Tapés, imprimés, photocopiés,
Enveloppés, adressés, timbrés,
Prêts à être distribués...

Encadrés, les derniers dessins des CP,
Affichés, sinon... à quoi bon dessiner?
Un CM vient montrer son texte sur le musée,
Elle l'aide à le recopier, à taper sur le clavier...
Retentit le téléphone, qu'elle décroche sans tarder,
Afin de ne pas gêner, le travail commencé,
Un autre enfant vient finir avec elle l'exercice,
Elle explique et décortique, redonne de l'énergie..

Rangée la bibliothèque,
Notés les livres prêtés,
Elle prépare la maquette,
La une du journal scolaire...
Ah! Notre petit journal
« Magique », ils l'ont appelé
Quel travail de fourmi,
J'y passerai... des nuits ?

Sonne la récréation, une mi-temps pour souffler,
Elle me rejoint, souriante, à la main nos deux cafés,
Quelques chaudes gorgées, entre... deux conflits à régler,
Des solutions à trouver, des mots à reformuler,
Une écorchure à soigner, une blessure à consoler...
Et puis... c'est reparti !
Sur les chemins de la connaissance,
Vaincre ainsi sans cesse l'ignorance,
Avec labeur, effort, sérieux,
S'ouvrir l'esprit, être curieux.

Ne pas oublier l'insouciance,
De tous ces êtres en enfance,
La bonne blague!... On la mettra dans le journal,
Les bons gags, et les rires, c'est vital !

Dans les pots
Les peintures sont bien préparées,
Quatre enfants sur un chevalet,
Deux à l'ordi pour recopier,
Les autres en dessin sur papier,

...Sans elle, jamais...
Ce ne serait si bien géré.
Bientôt la fin de la journée,
Plus l'aide personnalisée,
Restent les cahiers à corriger,
Faire le point pour évoluer,
Et demain... tout continuer...

Le soir, coup de fil...
C'est Géraldine,
A sa voix, je perçois,
Une blessure qui abime...
Écoute, me dit-elle... c'est à pleurer !
Du « Pôle Emploi » j'ai reçu... un imprimé,
Dans quelques semaines, c'est marqué,
Votre contrat est terminé...
Ils me demandent ce que j'ai fait,
Pour trouver un futur emploi..
Sa voix se fêle... »J'ai... un emploi! »
Ils me demandent ce que j'ai fait,
pour me former, pour m'insérer,
Sa voix se gèle.... puis accélère: « Je... suis formée,
depuis trois ans, j'me sens utile, insérée et c'est varié,
Pas bien payé, mais.. .j'veux rester ! »
Sa voix s'étrangle... c'est à pleurer...

Ils me demandent mes compétences
C'que j'ai acquis, que vais-je répondre?
Il y a l'espace... d'UNE LIGNE
UNE LIGNE... mais tu te rends compte !
J'ai honte, honte... il aurait fallu UNE PAGE
Au moins UNE PAGE pour répondre,
J'ai honte, honte..pour notre Grande Dame
Pour ceux qui l'ont créée, l'ont fait évoluer,
Qui a tant appris aux enfants,
Qui a tant encore à leur apprendre..

Et Géraldine ???
On n' lui dira même pas MERCI
Bien sûr, pas de parachute doré,
Et même pas d'indemnité
Ils lui précisent... Oh!... comme ils disent
D'étudier ses droits... pour... le R.M.I.
Elle a raison... c'est à pleurer..

Alors qu'on demande chaque jour,
A nos élèves de dire « Bonjour »
De dire « Au revoir » et.... « Merci »
De s' respecter, d'être poli
Comme vous dîtes, Monsieur Sarkozy...
Que vais-je dire, à la p'tite fille,
Qui l'aut're jour, près de moi ,s'est assise,
Et ,toute fièrement, m'a dit:
« Tu sais, Maîtresse,moi, quand j'serai grande,
J'irai au collège, comme mon grand frère,
J'irai au lycée, j'passerai mon bac,
Et je ferai... comme Géraldine! »
Je sursaute... Mon coeur se serre... C'est à pleurer.

 

 

C.Picavet
Professeur des écoles
à l'école des Livres Magiques
Saint-Grégoire du Vièvre (Eure)

 

Je ne crois pas à la peur, je crois à la force et à la magie des mots, Et pour garder notre bonheur, il suffirait de quelque Euros... Quel patron, quelle entreprise, après trois ans de formation, Jetterai son salarié, pour prendre un autre, recommencer ?
Quel jardinier, quel paysan, brûlerai sa récolte mûre, après avoir semé,soigné? Je n'ai pas fumé la moquette Je veux seulement que l'on arrête, De prendre les gens pour des pions, Qu'on arrête de tourner en rond ! Torpillé le « Chagrin d'école » En mille miettes de BONHEUR ! En l'honneur de tous ces p'tits bonheurs..

INONDONS LE NET

les amis, les décideurs, les chômeurs, les travailleurs, directeurs, les inspecteurs, employés et professeurs, députés, ministres, r'm'istes ou artistes, chanteurs, compositeurs, rapeurs, slameurs, radios, journaux, télés, et à tous ceux qui sont...parents...d'un enfant.. enfin à chaque être humain de ce pays qui j'espère un jour dans sa vie, a bénéficié d'un peu de bonheur, de cette Valeur Ajoutée HUMAINE rentabilité, dans le giron de la Grande Dame.

P.S: Ironie..... A la rentrée, c'est presque sûr Notre petite école rurale Sera dotée d'une Valeur Matérielle Ajoutée, Des fonds ont été débloqués, Huit ordinateurs et un tableau interactif> Une « classe numérique » Nous serons à la pointe du progrès ! Et pour cela, je serai formée ! Mais, qui m'aidera à installer, et à gérer, sans Valeur Humaine Ajoutée !
Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Mots d'humeur - Communauté : Plaisirs d'écrire
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Samedi 30 mai 2009

LES PREMIERS VENDREDIS DU MOIS à l’AMPHI

 

Organisation Radio d’Oc 88.5mhz. De 21h à 22h30

10€ (enfants gratuits)

Sur réservation 05 63 04 96 71 (m m j v s de 10 à 12.30 et 15h à 19h)

Lieu : Amphi du Matin. Accès : Boulevard de Brienne et allées Marengo.

 

Vendredi 5 juin

 

L’AMPHI de « PORTE-PLUME »

 

Trois artistes qui méritent le détour habiteront ce vendredi 5 juin l’Amphi du Matin Musical, sur l’invitation de l’association Radio d’Oc, à partir de 21h.

 

« Un trio sensible ». Jean-Marc Lemerre dit Mamac, Christian Laborde et Dalila Azzouz-Laborde ne sont pas des novices dans la chanson d’expression française. Mamac a été l'auteur, entre 1995 et 2003, des chansons du groupe Bon Temps Rouler. Il a partagé la scène avec I Muvrini ou Pink Martini. Dalila et Christian, se sont quant à eux rencontrés en 1992 pour fonder Soham et se sont vu confier les premières parties de Francis Cabrel, d’Alain Souchon, Chamfort et bien d’autres. A l’amphi, sur scène, les trois artistes mélangeront leurs personnalités dans une musique qu'ils qualifient de « sensible ». La guitare de Christian accompagnera dans une solitude harmonieuse les voix mais surtout les textes fragiles de Dalila et Mamac.      

. « Tout est construit autour de métaphores, de jeux avec les mots ou d'homophonies. » L'album « L'encre de chêne », c'est aussi pour Dalila et Mamac la première expérience d'une écriture à quatre mains : « une drôle d'aventure ». Pour l'auteur, « c'est partager le même rêve, car l'écriture est un rêve éveillé, tant elle fait appel à l'imagination. On a réussi ce partage ». Pour une deuxième fois à l’amphi, les voix de Mamac et Dalila et la guitare de Christian « donneront corps » à ces textes fragiles que le trio a placé au centre de tout.

 

Christian Laborde sera encore là le lendemain samedi 6 juin, pour offrir gracieusement à partir de 15h dans une « rencontre autour de la gratte », quelques recettes de son style particulier, le « picking », dont Marcel Dadi en personne disait qu’il était en France le meilleur représentant.

 

www.myspace.com/porteplume
Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Cultures et copinages - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Jeudi 28 mai 2009
Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Mots d'humeur - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mardi 26 mai 2009
Le romancier, poète et militant s’est éteint mercredi à quatre-vingt-dix ans.

Pour les uns, son nom évoque une petite bibliothèque d’enfance.

Pour d’autres, un travail sans relâche, pendant un demi-siècle, au service de la littérature au sein de la revue Europe. Pour d’autres encore, de grands romans au souffle généreux. Pour tous, c’est une personnalité marquante du monde des Lettres qui disparaît ce 20 mai, à Argenteuil. Né en juillet 1919 à Toulouse, Pierre Gamarra conservera toute sa vie une passion pour ces terres de Garonne qui reviendront dans ses poèmes, ses romans, ses récits. Enseignant, puis journaliste, il publie dès 1944 des poèmes, Essai pour une malédiction, mais c’est son premier roman qui attire l’attention sur ce jeune homme de moins de trente ans représentant la génération qui naît à la littérature, à la Libération.


La Maison de feu, ouvrage publié à La Baconnière, à Neuchâtel, un éditeur qui avait accueilli nombre d’écrivains antinazis pendant la guerre, reçoit en 1948 le prix international Charles Veillon, décerné par un jury où figurent entre autres Vercors, Louis Guilloux et André Chamson. C’est le début d’une oeuvre romanesque importante où l’engagement, toujours présent, ne prend jamais le pas sur une grande liberté dans le récit, où l’ironie et la tendresse vont toujours de pair. Les années cinquante sont une période de grande fécondité, marquée par les Coqs de minuit, qui sera adapté en 1973 pour la télévision, les Enfants du pain noir, en allusion quasiment filiale à Louis Guilloux, et un roman policier très réussi, L’assassin a le prix Goncourt (1951). Suivront Rosalie Brousse, le Maître d’école, qui est encore réédité aujourd’hui, puis, un peu plus tard, les Mystères de Toulouse (1967), qui connaîtra un grand succès, 72 Soleils (1975), et le Fleuve palimpseste (1984), qui recevra le prix de la Société des gens de lettres. À partir des années soixante, l’enseignant qu’il fut s’adresse aux enfants et aux jeunes, pour lesquels il écrit plus de trente livres, dont certains sont encore à la base des bibliothèques scolaires. Écrivain reconnu, Pierre Gamarra a été vice-président du P.E.N. Club français, où il a milité pour la solidarité avec les écrivains victimes de la répression.

Cette attitude d’ouverture et d’accueil va se retrouver dans son activité d’homme de revue. Très tôt, en 1951, Jean Cassou, André Chamson et Aragon lui demandent d’entrer à Europe, la revue fondée par Romain Rolland, alors dirigée par Pierre Abraham. Il y collaborera jusqu’à ces dernières semaines, tenant, après avoir passé la main à de plus jeunes, sa rubrique « la Machine à écrire », dont la pénétration et la curiosité forcent l’admiration.

Francis Combes, du Temps des cerises, l’un de ses derniers éditeurs, parle avec émotion de cet « alliage de gentillesse et de principes qui en faisait un être foncièrement moral, qui avait de la littérature une haute idée, faite d’exigence et d’accessibilité ».

C’est cet homme que nous perdons.


Pour l'Humanité, Alain Nicolas

Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Cultures et copinages - Communauté : L'âme du poète
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Dimanche 17 mai 2009

 

Ce texte et bien d'autres sont à la disposition des lecteurs sur le Blog des Editions la Brochure: [http://la-brochure.over-blog.com]


Quand la nostalgie se fait poésie !

 

 

D’abord quatre musiciens qui entament un morceau puis la chanteuse qui apporte sa parole. Déjà le public est averti : la musique d’abord, puis, un texte de Barbara ouvrant les festivités, nous informe que la nostalgie constituera le fil conducteur d’un voyage exceptionnel. Après une pause en Afrique les étapes majeures se produiront aux Amériques en commençant par Cuba, en passant par l’Equateur puis en visitant une histoire musicale si fabuleuse ! Agnès Jaoui a rencontré à Cuba voici douze ans dit-elle, un des musiciens de l’équipe Roberto Gonzales Hurtado, et c’est là-bas que tout d’un coup elle fut saisie par cette musique que les mauvais esprits réduiraient aisément à la salsa. Samba, boléro… et valses péruviennes ! C’est d’ailleurs une valse péruvienne pleine de « amores de mis amores » qui servira de point final nous nous y reviendrons en point final.

Pourquoi au fil des chants, tant de nostalgie, tant de femmes qui ont été quittées, pourquoi ? Et si la question était toute autre, si la question était : qu’est-ce que la nostalgie quand on s’appelle Agnès Jaoui ?

C’est avec le spectacle que j’ai découvert une actrice-réalisatrice ayant entamé une œuvre de chanteuse utilisant surtout l’espagnol, autant dire donc que j’étais un ignorant avant d’entrer dans la salle sauf qu’à écouter j’ai retrouvé tant de morceaux connus en commençant par l’inévitable Volver de Carlos Gardel mais un refrain m’est apparu plus parlant que tous les autres quand il s’agit de se demander qu’est-ce que la nostalgie.

Todo cambia, tout change, une chanson de l’exil par excellence, nous indique Agnès, une chanson pour dire que tout change mais pas la relation à son peuple, mais pas la fidélité à ses origines et tout de suite avec le mot fidèle, après le mot nostalgie, une confusion qui peut poindre à l’horizon. La fidélité de celui qui se soumet presque avec délices, la nostalgie de celui qui se lamente uniquement ? Non, nous sommes loin du spectacle et de l’œuvre présentée qui est une œuvre sentimentale où l’amour perdu n’y est pas exactement la perte de l’amour. Il m’arriva de découvrir que la fidélité des obéissants n’avaient rien à voir avec la fidélité des créateurs, et que la nostalgie des êtres perdus échappait à la nostalgie des êtres debout. J’ose l’écrire : même dans la fidélité et la nostalgie nous y croisons… la lutte des classes ! « Pero no cambia mi amor por mas lejos que me encuentre, ni el recuedo, ni el dolor de mi pueblo y de mi gente.

Avec Agnès Jaoui nous sommes dans le cas d’une femme debout qui veut créer l’art des temps actuels, correspondant à son propre chemin. En plus du musicien cubain, l’autre qui, à la guitare ajoute le bandonéon, est de Buenos Aires, le percussionniste vient de l’île Maurice et le contre-bassiste d’Uzeste. Métissage ? Je me méfie du mot qui laisse croire qu’il s’agit seulement de pendre aux uns et aux autres pour créer son art propre, alors que le fait de créer son art propre c’est aussi changer l’un et l’autre, à qui l’on emprunte sa culture. Le métissage enferme parfois les cultures en elles-mêmes. Il m’arriva d’écouter un Tunisien doté d’une guitare en deux éléments, l’élément arabe et l’élément européen : son œuvre était une juxtaposition, un métissage pour le métissage. Une façon d’arrêter le temps. Un échec.

Pendant le tour de chant, à un moment Agnès Jaoui s’en va et laisse les musiciens seuls qui se lancent dans un morceau appuyé par la voix fabuleuse de Roberto ; je crois reconnaître un morceau d’Atahualpa Yupanqui, un morceau qui délaisse le style de l’Indien des Andes pour la rage et l’envol cubain. Une chanson de lutte dont il me faudrait retrouver le titre, peut-être el campecino, ou basta ya avec un couplet en moins, je ne sais plus, mais le morceau fut très beau. Les musiques des Amériques se croisent et se relancent les unes les autres sans se fondre mais pour continuer.

Peut-être que la clef du spectacle, la clef de la nostalgie tient en ce morceau ladino qu’elle a proposé après quelques explications. J’ai téléphoné depuis à l’ami Max Biro pour qu’il m’explique à son tour ce mystère du ladino. Quand, en 1493, les juifs furent chassés d’Espagne certains se réfugièrent en Turquie où ils emportèrent leur langue qui a traversé les âges et qui est un mélange de l’espagnol, de l’hébreu avec peut-être quelques éléments de turc. A l’écoute l’espagnol est très dominant. Et voilà comment du Chili de Violetta Parra on arrive à la Turquie sur le même fil !

Agnès Jaoui est une juive d’origine tunisienne et même née à Antony en 1964, elle a gardé avec elle le souvenir de la grand-mère, à tous les mariages, à toutes les barmitsva, la prenant par la main alors qu’elle était toute petite, et qui la faisait danser. A Cuba elle a peut-être retrouvé subitement les gestes de la danse dont nous savons qu’ils collent à la peau de toute la musique latino. Danse latino, danse orientale, à la fin du spectacle Agnès Jaoui a réussi à faire se lever les spectateurs bien français et bien assis de salle de Moissac. La nostalgie c’est un grand moyen pour changer le monde. Vazquez Montalban a vécu avec elle, avec cette nostalgie qui fait de nous d’abord des héritiers, surtout quand nous sommes sans fortune financière ! Puis Agnès Jaoui a terminé par un dernier morceau, chanté par Edith Piaf sous le nom de La Foule, une ultime valse péruvienne nous dit-elle. Vraiment une valse péruvienne que ce chant universel : « que nadie sepa mis sufrir » ? Composé par deux argentins, Enrique Dizeo pour les paroles et Angel Cabral pour la musique, qui reconnurent qu’ils y avaient mis toute la force des valses péruviennes, le morceau fut popularisé par le Péruvien Julio Jaramillo inconnu en France hier comme aujourd’hui. Comment donc Edith Piaf en est-elle devenue amoureuse ? Il semble en fait que le génie qui a donné toute sa grandeur à ce célèbre « amores de mis amores » soit un Paraguayen qui fut d’abord marié avec une Française et qui l’enregistra sur son troisième disque : Luis Alberto del Parana (1926, 1974-Londres). La vie de cet homme est une part inouïe (on peut dire maintenant jaoui) de l’histoire de la musique des Amériques et bravo au public de Moissac qui participa à l’aventure.


Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Ils, elles le disent si bien - Communauté : Le jardin des Muses
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Dimanche 3 mai 2009
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Samedi 9 mai

 

 

AMPHI DU MATIN

 

 

 

Entrée 10€

 

LES QUINQUAS

 ET +

 

« Un sol voyage » : nouveau spectacle

des

Quinquas et +.

 

Fondus d’opéras et d’opérettes, ils reviennent pour la troisième fois à l’Amphi. Le plaisir et la bonne humeur communicative de ces quinquagénaires vous transporteront dans l’univers de Mozart, Verdi, Bizet, Planquette, Offenbach, Messager, Lecocq et bien d’autres.

 

L’accompagnement et les enchaînements d’Hélène feront de ce puzzle musical, un voyage qui vous conduira vers la distraction, seule destination souhaitée par les Quinqua et +.

 

 

Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Cultures et copinages - Communauté : Plaisirs d'écrire
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Lundi 20 avril 2009

Une impression bizarre me laissa un arrière goût amer lorsque d’aventure le quidam que je suis se prit à pousser les roues de son véhicule sur la route de Lafrançaise. Ainsi, Je venais de m’extasier une fois de plus sur la bande dessinée sculptée qui fait les délices ornementaux du portail de l’Abbatiale autant que j’avais pris soin d’arpenter la fraîcheur des allées bordées de chapiteaux qui font de cet art roman, une splendeur de grâces et de fausse naïveté que j’aime tant. Bref, la journée « à la ville » avait été charmante sous ce pâle soleil de printemps !

Je rentrais donc en ma demeure quand du premier rond-point déjà, je reçu en pleine face le bubon qui se dressait à l’horizon. Fait d’un bardage gris, de forme cubique avec des extensions, comme une vérole dans le paysage, dans la blessure béante du coteau, cette abomination architecturale (il faut bien que quelqu’un l’ait pensé…) prenait la forme de sa destination principale : un entrepôt pour vendre plus et mieux aux gogos que nous sommes.

Je ne polémiquerai pas sur les aspects sociaux de l’entreprise en cours de construction mais j’oserais faire remarquer combien cette… cette chose est incongrue à l’entrée d’une ville d’Arts et d’Histoire. Il eut été de bon ton, il me semble, que la bâtisse, à priori indispensable soit un tant soit peu intégrée dans un environnement méritant en cela un meilleur traitement. J’ai ouïe dire aussi, que sur l’autre mitant de la voie départementale est prévu le pendant du premier dans sa version magasin de bricolage. Je n’ose imaginer l’effet de l’ensemble sur le voyageur féru de religiosité venant se recueillir sur le chemin de St Jacques ou le touriste lambda à qui l’on a fait miroiter les beautés romanes de la cité. Ainsi, pour les promoteurs publics et privés de cette aventure, la notion de patrimoine doit se concentrer sur l’unique centre ville et les ruraux ne doivent visualiser que la practicité d’une hyper-consommation à outrance dans les temples prévus à cet effet. Drôle de conception de la culture ! Drôle de raisonnement qui permet là des investissements colossaux quand le clocher de l’abbatiale souffre d’un manque de tuiles et que les façades du centre ville mériteraient une autre campagne de remise en état en aidant les propriétaires... A la vitesse à laquelle s’activent les entreprises sur ce chantier, gageons qu’ils auront fini en temps et en heure et que l’antre remplira sa fonction nourricière dans l’un des plus beaux sites de Midi-Pyrénées, comme dit la publicité à la télé. Je ne suis pas certain que la Culture gagne du terrain, ni que cette ville y trouve ce supplément d’âme qui réjouit les esprits et dont nous avons grandement besoin si l’on en croit nos réalités quotidiennes. Qu’importe ! Dans le silence local assourdissant, j’ose une fois encore croire et dire que nous méritons mieux que cela.

Moissac le 20 avril 2009

 

Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Chroniques - Communauté : Plaisirs d'écrire
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Vendredi 17 avril 2009
EXCLUSIVITÉ. Le nouveau livre événement du philosophe Alain Badiou, l’Hypothèse communiste, sort en librairie ce samedi 18 avril. L’auteur et son éditeur, Nouvelles Éditions Lignes, nous ont donné leur accord pour en publier des extraits.


On pourrait suggérer sans ironie : de quoi Alain Badiou est-il le nom ? Ou proposer une variante plus signifiante encore : de quoi Alain Badiou est-il le signe ? Admettons que ces deux questionnements, parce qu’ils « disent » quelque chose de notre ici-maintenant et révèlent aux yeux de tous quelques marqueurs originaux de notre inconscient collectif, restent intimement mêlés. Au fond, qui n’a jamais lu le moindre de ses livres, à commencer par le sulfureux et fascinant De quoi Sarkozy est-il le nom ? publié en 2007 (1), ne peut comprendre comment et pourquoi Alain Badiou s’est subitement imposé tel un météore sur la scène médiatique intellectuelle - d’ordinaire très hermétique et autocentrée sur quelques noms, BHL, Finkielkraut et consorts - alors que ce même homme, professeur à la réputation « dithyrambique » à en croire ses élèves, arpente le monde de la philosophie et des idées en général depuis quarante ans déjà…

Car voilà. Le philosophe, mais également romancier et dramaturge, à soixante-douze ans, n’est pas que le pamphlétaire flingueur du capitalisme (et de tous ses valets zélés) qui annonce clairement : « S’agissant de l’antique capitalisme, le verdict, solidement étayé, me semble aller de soi : inacceptable, il doit être détruit. » Non, Badiou est aussi (et essentiellement, pourrait-on dire) l’un des théoriciens des ruptures. En somme, celui qui dérange et invite à repenser le monde, le rôle de l’État, les limites de la démocratie, l’idée républicaine, l’évolution des formes d’opposition, les combats sociaux, etc.

Ainsi, avec l’Hypothèse communiste, intitulé qui figurait déjà comme tel dans le dernier chapitre du livre consacré à Sarkozy et dont il embrasse cette fois toute l’ampleur, le philosophe affirme que l’idée communiste « en est encore, historiquement, à ses tous débuts ». À toutes fins utiles, l’auteur verbalise, pour mieux la mettre à distance, la fameuse « preuve » historique de « l’échec » du communisme, à partir d’exemples caractéristiques (Commune de Paris, Mai 68, etc.). Donc, ce qu’il appelle « l’expérimentation historique des politiques » reste toujours ce à partir de quoi « on peut inventer de nouvelles solutions aux problèmes sur lesquels cette expérimentation a buté »…

Y a-t-il une hypothèse Alain Badiou ? En bousculant (avec quelques autres tout de même) l’ordre établi, le philosophe, érudit de toujours mais goguenard en diable, ne fait pas que sauver l’honneur. Par les temps qui courent, il incarne à sa manière une forme de courage qui nous surprend tous. Jusque dans ses éclats.

Jean-Emmanuel Ducoin

(1) Déjà chez Nouvelles Éditions Lignes.

« Bonnes feuilles »



"Mon but aujourd’hui est de décrire une opération intellectuelle à laquelle je donnerai – pour des raisons qui, je l’espère, seront convaincantes - le nom d’Idée du communisme. Sans doute le moment le plus délicat de cette construction est-il le plus général, celui où il s’agit de dire ce que c’est qu’une Idée, non pas seulement au regard des vérités politiques (et dans ce cas, l’Idée est celle du communisme), mais au regard d’une vérité quelconque (et dans ce cas, l’Idée est une reprise contemporaine de ce que Platon tente de nous transmettre sous les noms d’eidos, ou d’idéa, ou même plus précisément d’Idée du Bien). Je laisserai implicite une bonne part de cette généralité, pour être aussi clair que possible en ce qui concerne l’Idée du communisme. (…)

J’appelle « Idée » une totalisation abstraite des trois éléments primitifs, une procédure de vérité, une appartenance historique et une subjectivation individuelle. On peut immédiatement donner une définition formelle de l’Idée : une Idée est la subjectivation d’une relation entre la singularité d’une procédure de vérité et une représentation de l’Histoire. Dans le cas qui nous occupe, on dira qu’une Idée est la possibilité, pour un individu, de comprendre que sa participation à un processus politique singulier (son entrée dans un corps-de-vérité) est aussi, en un certain sens, une décision historique. Avec l’Idée, l’individu, en tant qu’élément du nouveau Sujet, réalise son appartenance au mouvement de l’Histoire. Le mot « communisme » a été durant environ deux siècles (depuis la « Communauté des Égaux » de Babeuf jusqu’aux années quatrevingt du dernier siècle) le nom le plus important d’une Idée située dans le champ des politiques d’émancipation, ou politiques révolutionnaires. Être un communiste, c’était sans doute être un militant d’un Parti communiste dans un pays déterminé. Mais être un militant d’un Parti communiste, c’était être un des millions d’agents d’une orientation historique de l’Humanité tout entière. La subjectivation liait, dans l’élément de l’Idée du communisme, l’appartenance locale à une procédure politique et l’immense domaine symbolique de la marche de l’Humanité vers son émancipation collective. Donner un tract sur un marché était aussi monter sur la scène de l’Histoire.

On comprend dès lors pourquoi le mot « communisme » ne peut pas être un nom purement politique : il lie en effet, pour l’individu dont il soutient la subjectivation, la procédure politique à autre chose qu’elle-même. Il ne peut pas non plus être un mot purement historique. Car, sans la procédure politique effective, dont nous verrons qu’elle détient une part irréductible de contingence, l’Histoire n’est qu’un symbolisme vide. Et enfin, il ne peut pas être non plus un mot purement subjectif, ou idéologique. Car la subjectivation opère « entre » la politique et l’histoire, entre la singularité et la projection de cette singularité dans une totalité symbolique, et, sans ces matérialités et ces symbolisations, elle ne peut advenir au régime d’une décision. Le mot « communisme  » a le statut d’une Idée, ce qui veut dire que, à partir d’une incorporation, et donc de l’intérieur d’une subjectivation politique, ce mot dénote une synthèse de la politique, de l’histoire et de l’idéologie. C’est pourquoi il vaut mieux le comprendre comme une opération que comme une notion. (…)

Il est aujourd’hui essentiel de bien comprendre que « communiste » ne peut plus être l’adjectif qui qualifie une politique. Ce court-circuit entre le réel et l’Idée a donné des expressions dont il a fallu un siècle d’expériences à la fois épiques et terribles pour comprendre qu’elles étaient mal formées, expressions comme « Parti communiste » ou - c’est un oxymore que l’expression « État socialiste » tentait d’éviter - « État communiste ». On peut voir dans ce court-circuit l’effet au long cours des origines hégéliennes du marxisme. Pour Hegel en effet, l’exposition historique des politiques n’est pas une subjectivation imaginaire, c’est le réel en personne. Car l’axiome crucial de la dialectique telle qu’il la conçoit est que « le Vrai est le devenir de lui-même », ou, ce qui revient au même, « le Temps est l’être-là du Concept ». Dès lors, selon le legs spéculatif hégélien, on est fondé à penser que l’inscription historique, sous le nom de « communisme », des séquences politiques révolutionnaires, ou des fragments disparates de l’émancipation collective, révèle leur vérité, qui est de progresser selon le sens de l’Histoire. (…) Il faut donc commencer par les vérités, par le réel politique, pour identifier l’Idée dans la triplicité de son opération : réel-politique, symbolique-Histoire, imaginaire-idéologie. Je commence par quelques rappels de mes concepts usuels, sous une forme très abstraite et très simple.

J’appelle « événement » une rupture dans la disposition normale des corps et des langages telle qu’elle existe pour une situation particulière (…). L’important est ici de remarquer qu’un événement n’est pas la réalisation d’une possibilité interne à la situation, ou dépendante des lois transcendantales du monde. Un événement est la création de nouvelles possibilités. Il se situe, non pas simplement au niveau des possibles objectifs, mais à celui de la possibilité des possibles. (…) J’appelle « État », ou « état de la situation  », le système des contraintes qui, précisément, limitent la possibilité des possibles. On dira aussi bien que l’État est ce qui prescrit, ce qui, dans une situation donnée, est l’impossible propre de cette situation, à partir de la prescription formelle de ce qui est possible. L’État est toujours la finitude de la possibilité, et l’événement en est l’infinitisation. Qu’est-ce qui aujourd’hui, par exemple, constitue l’État au regard des possibles politiques ? Eh bien, l’économie capitaliste, la forme constitutionnelle du gouvernement, les lois (au sens juridique) concernant la propriété et l’héritage, l’armée, la police… On voit comment, au travers de tous ces dispositifs, de tous ces appareils, y compris ceux, naturellement, qu’Althusser nommait « appareils idéologiques d’État » – et qu’on pourrait définir par un but commun : interdire que l’Idée communiste désigne une possibilité –, l’État organise et maintient, souvent par la force, la distinction entre ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Il en résulte clairement qu’un événement est quelque chose qui advient en tant que soustrait à la puissance de l’État. J’appelle « procédure de vérité », ou « vérité  », une organisation continue, dans une situation (dans un monde), des conséquences d’un événement. On notera aussitôt qu’un hasard essentiel, celui de son origine événementielle, coappartient à toute vérité. J’appelle « faits » les conséquences de l’existence de l’État. On remarque que la nécessité intégrale est toujours du côté de l’État. On voit donc qu’une vérité ne peut être composée de purs faits. La part non factuelle d’une vérité relève de son orientation, et on la dira subjective. On dira aussi que le « corps » matériel d’une vérité, en tant qu’il est subjectivement orienté, est un corps exceptionnel. Usant sans complexe d’une métaphore religieuse, je dis volontiers que le corps-de-vérité, pour ce qui en lui ne se laisse pas réduire aux faits, peut être nommé un corps glorieux. Concernant ce corps, qui est celui, en politique, d’un nouveau Sujet collectif, d’une organisation de multiples individus, on dira qu’il participe de la création d’une vérité politique. S’agissant de l’État du monde dans lequel cette création est active, on parlera de faits historiques. L’Histoire comme telle, composée de faits historiques, n’est nullement soustraite à la puissance de l’État. L’Histoire n’est ni subjective ni glorieuse. Il faut plutôt dire que l’Histoire est l’histoire de l’État.

On peut alors revenir à notre propos concernant l’Idée communiste. Si une Idée est, pour un individu, l’opération subjective par laquelle une vérité réelle particulière est imaginairement projetée dans le mouvement symbolique d’une Histoire, nous pouvons dire qu’une Idée présente la vérité comme si elle était un fait. Ou encore : que l’Idée présente certains faits comme symboles du réel de la vérité. C’est ainsi que l’Idée du communisme a pu permettre qu’on inscrive la politique révolutionnaire et ses partis dans la représentation d’un sens de l’Histoire dont le communisme était l’aboutissement nécessaire. Ou qu’on a pu parler d’une « patrie du socialisme », ce qui revenait à symboliser la création d’un possible, fragile par définition, grâce à la massivité d’un pouvoir. L’Idée, qui est une médiation opératoire entre le réel et le symbolique, présente toujours à l’individu quelque chose qui se situe entre l’événement et le fait. C’est pourquoi les interminables discussions concernant le statut réel de l’Idée communiste sont sans issue. S’agit-il d’une Idée régulatrice, au sens de Kant, sans efficace réelle, mais capable de fixer à notre entendement des finalités raisonnables ? Ou s’agit-il d’un programme qu’il faut peu à peu réaliser par l’action sur le monde d’un nouvel État postrévolutionnaire ? Est-ce une utopie, voire une utopie dangereuse, et même criminelle  ? Ou est-ce le nom de la Raison dans l’Histoire ? On ne saurait mener à bien ce type de discussion, pour la raison que l’opération subjective de l’Idée est composée, et non simple. Elle enveloppe, comme sa condition réelle absolue, l’existence de séquences réelles de la politique d’émancipation, mais elle suppose aussi le déploiement d’une palette de faits historiques aptes à la symbolisation. Elle ne dit pas (ce qui serait soumettre la procédure de vérité aux lois de l’État) que l’événement et ses conséquences politiques organisées sont réductibles à des faits. (…) Mais elle ne l’est qu’autant qu’elle reconnaît comme son réel cette dimension aléatoire, fuyante, soustraite et insaisissable. C’est pourquoi il appartient à l’Idée communiste de répondre à la question « D’où viennent les idées justes ? » comme le fait Mao : les « idées justes » (entendons : ce qui compose le tracé d’une vérité dans une situation) viennent de la pratique. On comprend évidemment que « pratique » est le nom matérialiste du réel. (…)

Tout cela explique, et dans une certaine mesure justifie, qu’on ait pu à la fin aller jusqu’à l’exposition des vérités de la politique d’émancipation dans la forme de leur contraire, soit la forme d’un État. Puisqu’il s’agit d’un rapport idéologique (imaginaire) entre une procédure de vérité et des faits historiques, pourquoi hésiter à pousser ce rapport à son terme, pourquoi ne pas dire qu’il s’agit d’un rapport entre événement et État ? L’État et la Révolution, tel est le titre d’un des plus fameux textes de Lénine. Et c’est bien de l’État et de l’Événement qu’il s’agit. Cependant, Lénine, suivant Marx sur ce point, prend bien soin de dire que l’État dont il sera question après la Révolution devra être l’État du dépérissement de l’État, l’État comme organisateur de la transition au nonÉtat. Disons donc ceci : l’Idée du communisme peut projeter le réel d’une politique, toujours soustrait à la puissance de l’État, dans la figure historique d’un « autre État », pourvu que la soustraction soit interne à cette opération subjectivante, en ce sens que « l’autre État » est lui aussi soustrait à la puissance de l’État, donc à sa propre puissance, en tant qu’il est un État dont l’essence est de dépérir.

C’est dans ce contexte qu’il faut penser et approuver l’importance décisive des noms propres dans toute politique révolutionnaire. (…) Pourquoi ce glorieux Panthéon des héros révolutionnaires ? Pourquoi Spartacus, Thomas Münzer, Robespierre, Toussaint- Louverture, Blanqui, Marx, Lénine, Rosa Luxemburg, Mao, Che Guevara, et tant d’autres ? C’est que tous ces noms propres symbolisent historiquement, dans la forme d’un individu, d’une pure singularité du corps et de la pensée, le réseau à la fois rare et précieux des séquences fuyantes de la politique comme vérité. Le formalisme subtil des corps-de-vérité est ici lisible en tant qu’existence empirique. L’individu quelconque trouve des individus glorieux et typiques comme médiation de sa propre individualité, comme preuve qu’il peut en forcer la finitude. L’action anonyme de millions de militants, d’insurgés, de combattants, par elle-même irreprésentable, est rassemblée et comptée pour un dans le symbole simple et puissant du nom propre. Ainsi, les noms propres participent de l’opération de l’Idée, et ceux que nous avons cités sont des composantes de l’Idée du communisme dans ses différentes étapes. (…) Récapitulons aussi simplement que possible. Une vérité est le réel politique. L’Histoire, y compris comme réservoir de noms propres, est un lieu symbolique. L’opération idéologique de l’Idée du communisme est la projection imaginaire du réel politique dans la fiction symbolique de l’Histoire, y compris sous la forme d’une représentation de l’action des masses innombrables par l’Un d’un nom propre. La fonction de cette Idée est de soutenir l’incorporation individuelle à la discipline d’une procédure de vérité, d’autoriser à ses propres yeux l’individu à excéder les contraintes étatiques de la survie en devenant une partie du corps-de-vérité, ou corps subjectivable.

On demandera maintenant : pourquoi estil nécessaire d’avoir recours à cette opération équivoque ? Pourquoi l’événement et ses conséquences doivent-ils aussi être exposés sous la forme d’un fait, et souvent d’un fait violent, qu’accompagnent des variantes du « culte de la personnalité » ? Pourquoi cette assomption historique des politiques d’émancipation ? La raison la plus simple est que l’histoire ordinaire, l’histoire des vies individuelles, est tenue dans l’État. L’histoire d’une vie est par ellemême, sans décision ni choix, une part de l’histoire de l’État, dont les médiations classiques sont la famille, le travail, la patrie, la propriété, la religion, les coutumes… La projection héroïque, mais individuelle, d’une exception à tout cela – comme est une procédure de vérité – veut aussi être en partage avec les autres, elle veut se montrer non seulement comme exception, mais aussi comme possibilité désormais commune à tous. Et c’est une des fonctions de l’Idée : projeter l’exception dans l’ordinaire des existences, remplir ce qui ne fait qu’exister d’une dose d’inouï. Convaincre mes entours individuels, époux ou épouse, voisins et amis, collègues, qu’il y a aussi la fabuleuse exception des vérités en devenir, que nous ne sommes pas voués au formatage de nos existences par les contraintes de l’État. Bien entendu, en dernier ressort, seule l’expérience nue, ou militante, de la procédure de vérité, forcera l’entrée de tel ou tel dans le corps-de-vérité. Mais pour l’amener au point où cette expérience se donne, pour le rendre spectateur, et donc déjà à demi-acteur, de ce qui importe à une vérité, la médiation de l’Idée, le partage de l’Idée sont presque toujours nécessaires. L’Idée du communisme (quel que soit par ailleurs le nom qu’on lui donne, qui n’importe guère : aucune Idée n’est identifiable à son nom) est ce à travers quoi on peut parler le processus d’une vérité dans le langage impur de l’État, et déplacer ainsi, pour un temps, les lignes de force par quoi l’État prescrit ce qui est possible et ce qui est impossible. Le geste le plus ordinaire, dans cette vision des choses, est d’amener quelqu’un à une vraie réunion politique, loin de chez lui, loin de ses paramètres existentiels codés, dans un foyer d’ouvriers maliens, par exemple, ou à la porte d’une usine. Venu au lieu où une politique procède, il décidera de son incorporation ou de son repli. Mais pour venir au lieu, il faut que l’Idée – et depuis deux siècles, ou peut-être depuis Platon, c’est l’Idée du communisme – le prédéplace dans l’ordre des représentations, de l’Histoire et de l’État. Il faut que le symbole vienne imaginairement à l’appui de la fuite créatrice du réel. (…)

La seconde raison est que tout événement est une surprise. S’il ne l’était pas, c’est qu’il aurait été prévisible en tant que fait, et du coup s’inscrirait dans l’histoire de l’État, ce qui est contradictoire. On peut alors formuler le problème ainsi : comment nous préparer à de telles surprises ? Et cette fois le problème existe, même si nous sommes déjà actuellement militants des conséquences d’un événement antérieur, même si nous sommes inclus dans un corps-de-vérité. Certes, nous proposons le déploiement de nouveaux possibles. Mais l’événement qui vient possibilisera ce qui, même pour nous, reste encore impossible. Pour anticiper, au moins idéologiquement, ou intellectuellement, la création de nouveaux possibles, nous devons avoir une Idée. Une Idée qui enveloppe bien entendu la nouveauté des possibles que la procédure de vérité dont nous sommes les militants a mis à jour, et qui sont des possibles-réels, mais qui enveloppe aussi la possibilité formelle d’autres possibles, par nous encore insoupçonnés. Une Idée est toujours l’affirmation qu’une nouvelle vérité est historiquement possible. Et puisque le forçage de l’impossible en direction du possible se fait par soustraction à la puissance de l’État, on peut dire qu’une Idée affirme que ce processus soustractif est infini : il est toujours formellement possible que la ligne de partage fixée par l’État entre le possible et l’impossible soit encore une fois déplacée, si radicaux que puissent avoir été ses précédents déplacements, y compris celui auquel nous participons actuellement en tant que militants. (…) Cela nous permet de conclure sur les inflexions contemporaines de l’Idée du communisme. Le bilan actuel de l’Idée du communisme, je l’ai dit, est que la position du mot ne peut plus être celle d’un adjectif, comme dans « Parti communiste » ou « régimes communistes  ». La forme-Parti, comme celle de l’Étatsocialiste, sont désormais inadéquates pour assurer le soutien réel de l’Idée. Ce problème a du reste trouvé une première expression négative dans deux événements cruciaux des années soixante et soixante-dix du dernier siècle : la Révolution culturelle en Chine, et la nébuleuse nommée « Mai68 » en France. Ensuite, de nouvelles formes politiques ont été et sont encore expérimentées, qui relèvent toutes de la politique sans-parti. À échelle d’ensemble, cependant, la forme moderne, dite « démocratique », de l’État bourgeois, dont le capitalisme mondialisé est le support, peut se présenter comme sans rivale dans le champ idéologique. Pendant trois décennies, le mot « communisme » a été soit complètement oublié, soit pratiquement identifié à des entreprises criminelles. C’est pourquoi la situation subjective de la politique est devenue partout si confuse. Sans Idée, la désorientation des masses populaires est inéluctable.

Cependant, de multiples signes (…) indiquent que cette période réactive s’achève. Le paradoxe historique est que, en un certain sens, nous sommes plus proches de problèmes examinés dans la première moitié du XIXe siècle que de ceux que nous héritons du XXe siècle. Comme aux alentours de 1840, nous sommes confrontés à un capitalisme cynique, sûr d’être la seule voie possible d’organisation raisonnable des sociétés. On insinue partout que les pauvres ont tort de l’être, que les Africains sont arriérés, et que l’avenir appartient, soit aux bourgeoisies « civilisées » du monde occidental, soit à ceux qui, à l’instar des Japonais, suivront le même chemin. On trouve, aujourd’hui comme à l’époque, des zones très étendues de misère extrême à l’intérieur même des pays riches. On trouve, entre pays comme entre classes sociales, des inégalités monstrueuses et croissantes. La coupure subjective et politique entre les paysans du tiers-monde, les chômeurs et les salariés pauvres de nos sociétés « développées  » d’un côté, les classes moyennes « occidentales  » de l’autre, est absolue, et marquée par une sorte d’indifférence haineuse. Plus que jamais le pouvoir politique, comme la crise actuelle le montre avec son unique mot d’ordre, « sauver les banques », n’est qu’un fondé de pouvoir du capitalisme. Les révolutionnaires sont désunis et faiblement organisés, de larges secteurs de la jeunesse populaire sont gagnés par un désespoir nihiliste, la grande majorité des intellectuels sont serviles. Opposés à tout cela, aussi isolés que Marx et ses amis au moment du rétrospectivement fameux Manifeste du Parti communiste de 1847, nous sommes de plus en plus nombreux cependant à organiser des processus politiques de type nouveau dans les masses ouvrières et populaires, et à chercher tous les moyens de soutenir dans le réel les formes renaissantes de l’Idée communiste. Comme au début du XIXe siècle, ce n’est pas de la victoire de l’Idée qu’il est question, comme ce sera le cas, bien trop imprudemment et dogmatiquement, durant toute une partie du XXe. Ce qui importe d’abord est son existence et les termes de sa formulation. D’abord, donner une forte existence subjective à l’hypothèse communiste, telle est la tâche dont s’acquitte à sa manière notre assemblée d’aujourd’hui. Et c’est, je veux le dire, une tâche exaltante. En combinant les constructions de la pensée, qui sont toujours globales et universelles, et les expérimentations de fragments de vérités, qui sont locales et singulières, mais universellement transmissibles, nous pouvons assurer la nouvelle existence de l’hypothèse communiste, ou plutôt de l’Idée du communisme, dans les consciences individuelles. Nous pouvons ouvrir la troisième période d’existence de cette Idée. Nous le pouvons, donc nous le devons."

© Nouvelles Éditions Lignes
Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Ils, elles le disent si bien - Communauté : Littérature engagée
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