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Ce sera,
Comme une main froissée
Dessinant tant de pas
D’empreintes évanouies
L’éternité
Cela :
Le ciel argumenté de larmes
En colonnes immobiles
Ombres vives du néant,
Ne sera que,
La mémoire indécise, inscrite, tremblante…
Ce sera,
À tes doigts frémissants de tendres contours
En des jeux pleins de fureurs et de présences,
Cela sera, te dis-je !
Comme respirer,
L’envers d’un décor
Dans l’oubli confus d’autres mille ans
Tant d’après et si parfaitement.
Ah ! te voilà donc,
Drapée d’étranges silences,
Lointaine, nocturne et mortelle
Sur les traces de tant de souvenirs.
Tes pas à nus,
Sur le velours souverain
Tant de paroles, de chants
En fenêtres profondes, éparses d’immobilités…
Cela :
Et tu ne sais qu’ineffable et indécise
Jeter ta tristesse et ta musique.
Ce n’est que frêle destinée,
Pour toi, amante accomplie
A la crainte d’un rivage.
Pourtant à étroite distance, aux écrits de ta mort :
L’oiseau en sable
Se joue de transparences
A ton regard, exempt de paysages.
Tu as mal au ventre
Tes mains abîmées
D’un décadent morne, un travail
Les gouttes au vent se mêlent
A la sueur d’un temps gris
Chaque matin, le doute reprend
Les yeux clos de sommeils agités
Où les rêves ne font pas de profit
Comme un amer goût d’interdits
Tu as froid à l’âme
Tes bottes collent
Aux insultent de leurs suffisances
La fatigue tiraille les sens
Tu luttes, tu t’exprime, mais en vain
Les hommes-argent grignotent ton savoir
Sur un ton de maître, défis arrogants
Relève la tête, serre les dents
Tu es l’avenir, construis le présent
Tu a faim à ton cœur
D’amour sans pareil
Victime à l’autel de la jeunesse
Sonne le glas de tes désillusions
Je t’apporte plus que de richesses
Et j’accroche les phrases joyeuses
Sur ton rire franc enfin retrouvé
Du distilles la couleur de mes mots
De mon chant au départ,
D’un monde nouveau…
Maximilien 1984
la Peur
La peur a une odeur de carnaval cru
Que des allemands rasés contemplent des terrasses
Ils laissent louvoyer ce serpent de la crasse
Son poignard de bronze contre sa cuisse nue
Alors l'enfant métis le plus pauvre qui danse
Ouvre ses yeux dorés et mesure la distance
Qui sépare le balcon du serpent pailleté
Les masques grimaçants des têtes pommadées
la peur porte le temps vissé à son poignet
Ce batteur d'acier discret comme un indic
Te ramène au bercail quand parfois tu la quittes
Pour affronter la mort qui est sa sœur de lait
L'avenir est un chien crevé sous un meuble
Sentir que c'est pas tout noir, qu'c'est pas tout blanc
Se dire qu'y a pas qu'les bons et les méchants
Savoir que c'est pas tout blanc qu'c'est pas tout noir
La peur a un visa ancré sur le futur
Elle s'insinue en toi comme de la poudre pure
Elle perce tes poumons d'une lame de fer
Et épaissit le sang qui bat dans tes artères
Elle rive au quotidien des milliers d'albatros
Aux ailes de poulet gavé de poudre d'os
Aux gestes étriqués aux cerveaux-estomacs
Qui trottinent sur le bitume de l'au-delà
L'avenir est un chien crevé sous un meuble
Sentir qu'c'est pas tout noir, qu'c'est pas tout blanc
Se dire qu'y a pas qu'les bons et les méchants
Savoir qu'c'est pas tout blanc qu'c'est pas tout noir
La peur tire tes volets vers les huit heures du soir
Et renforce tes gonds et ferme tes couloirs
Dans le silence humide où la télé allume
Son œil unique aux reflets bleutés dans la brume
Elle te ferme la gueule quand on te remercie
Pour service rendu Travail Famille Patrie
Elle te glace le ventre quand on te licencie
Et que tu restes nu Chômage Cellule Parti
L'avenir est un chien crevé sous un meuble
Sentir qu'c'est pas tout noir, qu'c'est pas tout blanc
Se dire qu'y a pas qu'les bons et les méchants
Savoir qu'c'est pas tout blanc qu'c'est pas tout noir
La peur gaine de cuir et s'écrit " no future "
Mais vend ses barbelés au mètre sur mesure
Tu ne dis pas " Je t'aime " quand elle te déshabille
Tu la baises quand même juste derrière la grille
Elle réduit au confort tes désirs d'aventure
Et taxe tes envies de passion et d'air pur
C'est l'indice d'écoute branché sur le cerveau
C'est 1933 en place pour le show
L'avenir est un chien crevé sous un meuble
Sentir qu'c'est pas tout noir, qu'c'est pas tout blanc
Se dire qu'y a pas qu'les bons et les méchants
Savoir qu'c'est pas tout blanc qu'c'est pas tout noir
La peur
La peur c'est le corbeau penché sur le devoir
C'est du papier monnaie contre du désespoir
C'est de la dérision face à la misère noire
C'est depuis le début le chantage du Pouvoir
La peur a une odeur de carnaval cru
Que des allemands rasés contemplent des terrasses
Ils laissent louvoyer ce serpent de la crasse
Son poignard de bronze contre sa cuisse nue
Alors l'enfant métis le plus pauvre qui danse
Ouvre ses yeux dorés et mesure la distance
Qui sépare le balcon du serpent pailleté
Les masques grimaçants des têtes pommadées
La peur porte le temps vissé à son poignet
Ce batteur d'acier discret comme un indic
Te ramène au bercail quand parfois tu la quittes
Pour affronter la mort qui est sa sœur de lait
L'avenir est un chien crevé sous un meuble
Sentir que c'est pas tout noir, qu'c'est pas tout blanc
Se dire qu'y a pas qu'les bons et les méchants
Savoir que c'est pas tout blanc qu'c'est pas tout noir
La peur a un visa ancré sur le futur
Elle s'insinue en toi comme de la poudre pure
Elle perce tes poumons d'une lame de fer
Et épaissit le sang qui bat dans tes artères
Elle rive au quotidien des milliers d'albatros
Aux ailes de poulet gavé de poudre d'os
Aux gestes étriqués aux cerveaux-estomacs
Qui trottinent sur le bitume de l'au-delà
L'avenir est un chien crevé sous un meuble
Sentir qu'c'est pas tout noir, qu'c'est pas tout blanc
Se dire qu'y a pas qu'les bons et les méchants
Savoir qu'c'est pas tout blanc qu'c'est pas tout noir
La peur tire tes volets vers les huit heures du soir
Et renforce tes gonds et ferme tes couloirs
Dans le silence humide où la télé allume
Son œil unique aux reflets bleutés dans la brume
Elle te ferme la gueule quand on te remercie
Pour service rendu Travail Famille Patrie
Elle te glace le ventre quand on te licencie
Et que tu restes nu Chômage Cellule Parti
L'avenir est un chien crevé sous un meuble
Sentir qu'c'est pas tout noir, qu'c'est pas tout blanc
Se dire qu'y a pas qu'les bons et les méchants
Savoir qu'c'est pas tout blanc qu'c'est pas tout noir
La peur gaine de cuir et s'écrit " no future "
Mais vend ses barbelés au mètre sur mesure
Tu ne dis pas " Je t'aime " quand elle te déshabille
Tu la baises quand même juste derrière la grille
Elle réduit au confort tes désirs d'aventure
Et taxe tes envies de passion et d'air pur
C'est l'indice d'écoute branché sur le cerveau
C'est 1933 en place pour le show
L'avenir est un chien crevé sous un meuble
Sentir qu'c'est pas tout noir, qu'c'est pas tout blanc
Se dire qu'y a pas qu'les bons et les méchants
Savoir qu'c'est pas tout blanc qu'c'est pas tout noir
La peur
La peur c'est le corbeau penché sur le devoir
C'est du papier monnaie contre du désespoir
C'est de la dérision face à la misère noire
C'est depuis le début le chantage du Pouvoir
Bernard Lavilliers 1979
J'aimerais te laisser tranquille, au repos dans cette terre choisie. J'aurais aimé que ta voix chaude ne serve maintenant qu'à faire éclore les jeunes pousses plus tôt au printemps, la preuve, j'étais à Entraigues il n'y a pas si longtemps et je n'ai pas souhaité faire le pèlerinage. Le repos c'est sacré !
Pardon te t'emmerder, mais l'heure est grave, Jean. Je ne sais pas si là où tu es tu ne reçois que le Figaro comme dans les hôtels qui ne connaissent pas le débat d'idées , je ne sais pas si tu vois tout, de là haut, ou si tu n'as que les titres d'une presse vendue aux argentiers proche du pouvoir pour te tenir au parfum, mais l'heure est grave!
Jean, écoute-moi, écoute-nous, écoute cette France que tu as si bien chantée, écoute-la craquer, écoute la gémir, cette France qui travaille dur et rentre crevée le soir, celle qui paye et répare sans cesse les erreurs des puissants par son sang et ses petites économies, celle qui meurt au travail, qui s'abîme les poumons, celle qui se blesse, qui subit les méthodes de management, celle qui s'immole devant ses collègues de bureau, celle qui se shoote aux psychotropes, celle à qui on demande sans cesse de faire des efforts alors que ses nerfs sont déjà élimés comme une maigre ficelle, celle qui se fait virer à coups de charters, celle que l'on traque comme d'autres en d'autres temps que tu as chantés, celle qu'on fait circuler à coups de circulaires, celle de ces étudiants affamés ou prostitués, celle de ceux-là qui savent déjà que le meilleur n'est pas pour eux, celle à qui on demande plusieurs fois par jour ses papiers, celle de ces vieux pauvres alors que leurs corps témoignent encore du labeur, celles de ces réfugiés dans leurs propre pays qui vivent dehors et à qui l'on demande par grand froid de ne pas sortir de chez eux, de cette France qui a mal aux dents, qui se réinvente le scorbut et la rougeole, cette France de bigleux trop pauvres pour changer de lunettes, cette France qui pleure quand le ticket de métro augmente, celle qui par manque de superflu arrête l'essentiel...
Jean, rechante quelque chose je t'en prie, toi, qui en voulais à D'Ormesson de déclarer, déjà dans le Figaro, qu'un air de liberté flottait sur Saigon, entends-tu dans cette campagne mugir ce sinistre Guéant qui ose déclarer que toutes les civilisations ne se valent pas? Qui pourrait le chanter maintenant ? Pas le rock français qui s'est vendu à la Première dame de France.Ecris nous quelque chose à la gloire de Serge Letchimy qui a osé dire devant le peuple français à quelle famille de pensée appartenait Guéant et tout ceux qui le soutiennent !
Jean, l'huma ne se vend plus aux bouches des métro, c'est Bolloré qui a remporté le marché avec ses gratuits. Maintenant, pour avoir l'info juste, on fait comme les poilus de 14/18 qui ne croyaient plus la propagande, il faut remonter aux sources soi-même, il nous faut fouiller dans les blogs... Tu l'aurais chanté même chez Drucker cette presse insipide, ces journalistes fantoches qui se font mandater par l'Elysée pour avoir l'honneur de poser des questions préparées au Président, tu leurs aurais trouvé des rimes sévères et grivoises avec vendu...
Jean, l'argent est sale, toujours, tu le sais, il est taché entre autre du sang de ces ingénieurs français. La justice avance péniblement grâce au courage de quelques uns, et l'on ose donner des leçons de civilisation au monde...
Jean, l'Allemagne n'est plus qu'à un euro de l'heure du STO, et le chômeur est visé, insulté, soupçonné. La Hongrie retourne en arrière ses voiles noires gonflées par l'haleine fétide des renvois populistes de cette droite "décomplexée".
Jean, les montagnes saignent, son or blanc dégouline en torrents de boue, l'homme meurt de sa fiente carbonée et irradiée, le poulet n'est plus aux hormones mais aux antibiotiques et nourri au maïs transgénique. Et les écologistes n’en finissent tellement pas de ne pas savoir faire de la politique. Le paysan est mort et ce n’est pas les numéros de cirque du Salon de l’Agriculture qui vont nous prouver le contraire.
Les cowboys aussi faisaient tourner les derniers indiens dans les cirques. Le paysan est un employé de maison chargé de refaire les jardins de l'industrie agroalimentaire. On lui dit de couper il coupe, on lui dit de tuer son cheptel il le tue, on lui dit de s'endetter il s'endette, on lui dit de pulvériser il pulvérise, on lui dit de voter à droite il vote à droite... Finies les jacqueries!
Jean, la Commune n'en finit pas de se faire massacrer chaque jour qui passe. Quand chanterons-nous "le Temps des Cerises" ? Elle voulait le peuple instruit, ici et maintenant on le veut soumis, corvéable, vilipendé quand il perd son emploi, bafoué quand il veut prendre sa retraite, carencé quand il tombe malade... Ici on massacre l'Ecole laïque, on lui préfère le curé, on cherche l'excellence comme on chercherait des pépites de hasards, on traque la délinquance dès la petite enfance mais on se moque du savoir et de la culture partagés...
Jean, je te quitte, pardon de t'avoir dérangé, mais mon pays se perd et comme toi j'aime cette France, je l'aime ruisselante de rage et de fatigue, j'aime sa voix rauque de trop de luttes, je l'aime intransigeante, exigeante, je l'aime quand elle prend la rue ou les armes, quand elle se rend compte de son exploitation, quand elle sent la vérité comme on sent la sueur, quand elle passe les Pyrénées pour soutenir son frère ibérique, quand elle donne d'elle même pour le plus pauvre qu'elle, quand elle s'appelle en 54 par temps d'hiver, ou en 40 à l'approche de l'été. Je l'aime quand elle devient universelle, quand elle bouge avant tout le monde sans savoir si les autres suivront, quand elle ne se compare qu'à elle même et puise sa morale et ses valeurs dans le sacrifice de ses morts...
Jean, je voudrais tellement t'annoncer de bonnes nouvelles au mois de mai...
Je t'embrasse.
Philippe Torreton
On lâche rien
Christian Cavaillé a longtemps été professeur de philosophie et a publié des ouvrages de philosophie et de poésie. Il votera Jean-Luc Mélenchon aux élections présidentielles. Il nous propose trois fables drôles et politiques, nommées dans l'ordre : Dégage, crapaud, Plumons-lui le croupion ! et La ferme des animaux II.
Un tout petit crapaud, depuis bientôt cinq ans,
Était le président de notre marigot ;
Il s’était fait élire - un fait sans précédent -
En captant les suffrages de ceux des animaux
Pour lesquels tous nos maux viennent des migrateurs
Qui sédentarisés prendraient bien trop de place.
Il avait tout promis, habile et aguicheur
Aux grenouilles du cru : aux grasses et voraces
Des profits augmentés, aux plus maigres d’entre elles
Nourriture et emploi ; ces dernières depuis
N’avaient rien vu venir ; des promesses nouvelles
N’étaient pas plus tenues. Il en était réduit
À changer fréquemment d’habits et de langage,
Tantôt grand libéral et tantôt étatiste,
Populiste souvent, voulant paraître sage
Après avoir été un violent polémiste.
Quel que soit l’instrument, violon, accordéon,
Ce n’était que pipeau. La dernière trouvaille
De notre président-crapaud-caméléon
Fut de se présenter conduisant la bataille
Contre l’assèchement de tous les marigots
Dans la crise mondiale. Devant l’intolérable
Les batraciens crièrent : Dégage, le crapaud !
Mettons fin au pouvoir de ce nabot minable.
Je n’ai rien contre les crapauds
Car je suis de la même espèce,
Même démarche, même peau
Et même absence de noblesse
Mais un crapaud est désastreux
Dont l’action nous déconsidère ;
Il faut se rassembler nombreux
Pour mettre fin à sa carrière.
Batraciens, batraciennes, qui faites et défaites
Les rois républicains, vous égarant parfois,
Ne favorisez pas votre propre défaite,
Votez net, votez juste enfin pour une fois.
Une oie de forte taille a cette prétention
Dans notre basse-cour d’accéder au pouvoir.
Gloussant et cacardant, tortillant du croupion,
Suivie de ses oisons hilares et ignares
Elle s’avance ainsi, digne fille d’un jars
Toujours à jargonner, haineux, cruel, vorace,
Criant qu’il faut chasser de tout le territoire
Les oiseaux étrangers, cette mauvaise race
Qui mange sous nos yeux notre bonne provende.
Plus maligne notre oie, pour être populaire,
Attirer les gogos et agrandir sa bande
S’exerce à nous chanter quelques tout nouveaux airs
- Refrains républicains et couplets populistes -
Comme une brune qui voudrait passer pour blonde
Ou comme une traînée faisant son tour de piste
Déguisée en oie blanche pour mieux tromper son monde.
Pour qu’on voie au grand jour la laideur repoussante
De son cloaque brun, plumons-lui le croupion ;
Elle ira le cacher dans la boue et la fiente.
Marcher au pas de l’oie, il n’en est pas question !
De La ferme des animaux, je veux narrer
La suite. Orwell a su nous raconter comment
Les animaux ligués contre l’homme exécré
Lui ont pris le pouvoir puis, désastreusement,
Se sont les uns aux autres faits tout ce que l’homme
Leur avait fait, jusqu’à ce que certains se vautrent
Dans la richesse, osant même dire : Nous sommes
Tous égaux mais certains le sont plus que les autres.
Il y avait toujours sous la lutte des places
La lutte des classes mais d’autres circonstances
Vinrent brouiller la vue car on dut faire face
À l’accumulation des multiples nuisances
D’une production débridée : tas de déchets
Partout, terre épuisée, enfin crises sur crises.
Des grenouilles venues du grand Sud asséché
Occupaient les recoins ; certains trouvaient exquise
Leur chair ; d’autres voulaient chasser ces étrangères
Cause de tous les maux ; des bêtes politiques
Parlaient de rejeter tous les surnuméraires ;
Les simples citoyens cédaient à la panique
Voyant partout régner les dealers, les voleurs,
Les profiteurs et les mafias. Nos animaux
Abrutis par les jeux de cirque et par les leurres
Publicitaires n’avaient presque pas de mots
Pour dénoncer l’état des choses. Ne sachant
Où aller, où se trouvent la droite et la gauche,
Ils donnaient libre cours aux plus mauvais penchants
Antidémocratiques avec une débauche
De violence, de haine et de ressentiment,
Un chaos sans étoile à la place du cœur
Lorsque semblait gagner le découragement
Et tout favoriser l’ordre des profiteurs.
Je suis un vieux crapaud qui va se retirer
Et parle à l’imparfait d’un monde très présent
Mais j’aimerais bien voir porter un coup d’arrêt
À l’injustice en cours propice aux malfaisants
Par une alliance enfin des ânes surchargés
Et des singes savants, des lapins et cochons
Que l’on saigne, des chiens de garde retournés,
Des grenouilles, qui libèrerait l’horizon.
Et ne me dites pas que tout espoir s’enlise
Dans l’éternel retour du désenchantement ;
Opposons à celui des volontés soumises
Un tout autre pari tenu obstinément
Je n'ai pas toujours eu envie d'écrire du roman noir. Au commencement, j'avais plutôt une nature heureuse, rêveuse, presque indolente et j'aimais, j'aime toujours d'ailleurs, des écrivains qui n'allaient pas dans le sens de l'engagement familial. Un engagement qui se partageait entre communistes, socialistes et chrétiens de gauche. Oui, dans ma bibliothèque, il y avait Aragon et Vailland, les surréalistes mais aussi Toulet, Morand et Nimier. D'une certaine manière, le style pour moi excusait tout, la littérature me semblait une sorte de zone franche où l'on pouvait n'avoir comme loi que le goût et les affinités électives.
Finalement, je le pense toujours. Nous sommes dans une époque où l'on a tendance à demander ses papiers à tout le monde, ce n'est peut-être pas la peine d'en rajouter avec les écrivains. Il faudrait d'ailleurs toujours se souvenir de ce mot de Léon Daudet, premier couteau de Charles Maurras à l'Action française et néanmoins excellent critique littéraire. Il était membre du jury Goncourt en 1932. Il fit un véritable scandale quand le jury en question préféra au Voyage au bout de la nuit de Céline, Les Loups, de Guy Mazeline.
Comme on s'étonnait que lui, le chantre de la monarchie, de la nation se fasse le défenseur d'un roman aussi antimilitariste, anticolonialiste et libertaire, il répondit : "En littérature, la patrie, je lui dis merde !" Il avait ainsi, un peu crûment, opéré une distinction fondamentale entre l'homme et l'écrivain, la personne et l'oeuvre mais aussi et surtout entre son propre engagement politique et ses dilections littéraires.
Donc, pour moi, il est hors de question de me priver de quelque écrivain que ce soit, fût-il à mes yeux sur un plan humain ou politique un salaud intégral. Et puis les choses ne sont jamais aussi simples. Je ne sais pas si Drieu La Rochelle était d'un commerce agréable malgré son collaborationnisme, mais je sais pour l'avoir un peu connu que le romancier noir ADG, classé à l'extrême droite, mort en 2006, avait un engagement politique à l'inverse du mien mais que j'aimais ses livres qui avaient une grâce toute blondinienne et, qu'en plus, il nous est arrivé de boire quelques coups ensemble, en compagnie de Frédéric H. Fajardie, ancien de la Gauche prolétarienne et autre admirable auteur de romans noirs, lui aussi un ami, lui aussi disparu.
Cela n'empêche pas l'engagement et la fermeté des convictions par ailleurs. Si la littérature dite engagée a connu ses ridicules notamment avec les épigones de Sartre, si la vieille notion de "l'écrivain témoin de son temps" a pris du plomb dans l'aile, il me semble que le roman noir est le dernier genre qui puisse concilier l'exigence politique et la liberté littéraire. Et ce, tout en évitant le catéchisme moralisateur d'un certain roman néopopuliste et à plus forte raison le nombrilisme impérialiste de l'autofiction qui continue à s'interroger sur le sexe des anges pendant que l'on délocalise et que l'on nomme un peu partout des "gouvernements techniques" en Europe sans même avoir la pudeur de recourir à une fiction électorale.
C'est ainsi que pour ma part, dans mon dernier roman, Le Bloc (Gallimard, 2011), j'ai essayé de rendre compte des trente dernières années de notre histoire, trente années de crise à travers le prisme de la résistible ascension d'un parti d'extrême droite qui, à la faveur d'émeutes urbaines frisant avec la guerre civile, est invité au cours d'une nuit de négociations secrètes à participer à un gouvernement d'union nationale.
Je pense en effet que l'extrême droite, et son enracinement durable dans la société française, est un des symptômes de cette crise interminable qui nous a fait passer, en un quart de siècle, d'une société où le vouloir vivre ensemble était encore une réalité à une société de replis communautaires, identitaires, religieux où tout le monde a peur de tout le monde et où cette haine latente est attisée par ceux qui ont tout intérêt à ce que les regards ne se posent pas sur les causes réelles de cette situation : un creusement sans précédent des inégalités économiques et une ségrégation de fait inscrite dans le tissu même de nos villes.
Seul le roman noir pouvait me permettre de pousser cette situation à l'extrême, de grossir les lignes de forces existantes et, surtout, sans peur de la réprobation de ceux qui feignent encore de confondre l'auteur et le narrateur, de prendre pour personnages principaux deux militants de ce parti d'extrême droite en restituant leurs émotions, leurs folies, leurs abjections, petites et grandes, mais aussi leur paradoxale humanité par le biais du monologue intérieur, sans filtrer leurs pensées.
Le roman noir, sa force, sa liberté, c'est de réussir cette synthèse miraculeuse entre l'engagement et l'absence de prêchi-prêcha ou de catéchisme (même antifasciste). Contrairement à Stendhal, je ne crois pas que ce soit la politique qui soit comme un coup de feu dans un concert, mais bien davantage la moraline ou la bien-pensance d'un auteur interventionniste qui veut à tout prix démontrer la pureté de ses intentions au lecteur.
Si j'insiste sur l'appellation roman noir plutôt que polar ou roman policier, c'est pour plusieurs raisons. D'abord, roman policier me fait penser au chien du même nom et ce n'est pas mon animal préféré. Ensuite, le roman policier est une littérature du retour à l'ordre. Siegfried Kracauer, philosophe de l'école de Francfort qui s'était intéressé au genre dans les années 1920-1930, avait constaté deux choses : certes le roman policier était une littérature liée à l'effondrement des certitudes capitalistes et à ses premières crises mais, malgré tout, l'enquêteur assimilé tantôt au prêtre, tantôt au philosophe, résolvait le mystère et tout pouvait, au moins pour un temps, recommencer comme avant.
Finalement, et c'est peut-être ce qui explique son abondante consommation, le roman policier est anxiolytique. Il part du principe que la société fonctionne à peu près normalement et que les problèmes qu'elle génère, les crimes qu'elle porte en elle comme la nuée porte l'orage peuvent se résoudre grâce à l'intervention efficace de la police, de courageux journalistes voire d'experts scientifiques, véritables héros positifs de notre temps comme il en existait jadis dans la littérature réaliste socialiste ou catholique édifiante.
Le roman noir, lui, est d'une nature pessimiste. A l'anxiolytique, il préfère l'anxiogène. Il se refuse à mentir sur l'homme et il sait que le monde n'est, jusqu'à preuve du contraire, que le siège des pires injustices, le lieu d'une violence protéiforme, que la frontière entre le bien et le mal est floue, que les tenants de l'ordre sont en fait des "anarchistes du pouvoir", comme les appelait Pasolini dans Salo ou les 120 journées de Sodome. C'est-à-dire des prédateurs qui se croient tout permis parce qu'ils avaient le pouvoir politique hier, le pouvoir économique, ce dernier ayant désormais dépossédé le premier de ses prérogatives, ce que tous les candidats à la présidentielle, à l'exception de deux ou trois, ont acté de manière plus ou moins avouée.
Disons que le roman policier suppose une certaine foi dans le réformisme là où le roman noir oscille soit entre le cynisme, le nihilisme ou, au contraire, l'espérance révolutionnaire. Il n'est pas indifférent de savoir qu'un des premiers romans noirs répondant aux canons du genre est Moisson rouge, de Dashiell Hammett, paru à la veille de la crise de 1929. Dashiell Hammett avait plus que des sympathies pour le communisme et adoptait une écriture comportementaliste pour décrire un monde où la collusion entre la mafia, les syndicats, les politiques et la police était totale.
Il n'est pas indifférent, non plus, de savoir que ce qu'on a appelé le néopolar en France et qui était l'oeuvre d'anciens de Mai 68 et des combats postérieurs de l'extrême gauche se réclamait comme par hasard, à l'instar de Jean-Patrick Manchette, de Dashiell Hammett et renouait avec cette tradition radicale de la critique sociale : Vautrin, Jonquet, Fajardie, Pouy, Quadruppani, Daeninckx...
Pour aller vite, on pourrait dire que le romancier noir français dans le cas où il ne refuse pas le jeu électoral comme le recommande le dernier livre d'Alain Badiou, Sarkozy pire que prévu, les autres : prévoir le pire (éd. Nouvelles Lignes, 94 p., 9,50 euros), va plutôt voter pour Jean-Luc Mélenchon comme l'a montré une récente pétition rassemblant une centaine d'auteurs de romans noirs que j'ai également signée.
Sans doute parce que M. Mélenchon, au-delà de sa niaque tribunicienne, est le seul à rendre compte, avec les mots qui font mal, d'un réel français que plus personne ne veut voir. En ce sens, sa démarche est identique à celle du romancier noir. Il est, d'après ses propres termes, le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas.
En ce qui me concerne, son constat est celui que j'ai pu faire durant une partie de ma vie professionnelle où j'ai enseigné, pendant plus de vingt ans, dans une zone d'éducation prioritaire de Roubaix. Et, là où grâce à l'écriture j'ai pu choisir la colère plutôt que la résignation, la révolte plutôt que la dépression, M. Mélenchon offre au militant, à l'électeur que je suis également, une perspective enfin réellement politique.
Que les auteurs de romans noirs, qui ont tous plus ou moins exercé ou exercent encore des professions qui sont en première ligne sur le front de la violence sociale, enseignants, éducateurs, infirmiers et même parfois flics, se retrouvent dans le discours du Front de gauche ne surprendra que ceux pour qui la politique n'est pas un enjeu où s'articulent sans cesse l'expérience individuelle et l'espérance collective.
Alors, oui, on peut se méfier des pétitions, trouver ridicule que l'écrivain donne un blanc-seing à un candidat quel qu'il soit. Peut-être... Mais en ce qui concerne le romancier noir, il semble ici qu'il y ait une profonde cohérence entre son travail littéraire et son engagement politique, sans pour autant, jamais, que l'un soit inféodé à l'autre.
Ecrivain, il est l'auteur d'une vingtaine de livres, dont
"A vos Marx, prêts, partez" (Baleine, 2009), "Monnaie bleue" (La Table ronde, 2009) et "La Minute prescrite pour l'assaut" (Fayard/Mille et une nuits, 2008).
Dans son oeuvre, le plus souvent, il est question
d'une société au bord de l'apocalypse.
Avec "Le Bloc", il publie son premier roman
dans la "Série noire" (Gallimard, 2011)
Jérôme Leroy
L’auteur de « La Lectrice », de « Fontaine obscure » était un écrivain fécond, un enseignant généreux et un militant communiste très engagé dans la vie de sa région. Il avait 87 ans
À chacun son Raymond Jean : gage d’une existence bien remplie, consacrée à des activités multiples et multiformes. La simple mention de son nom fait se lever des témoignages qui font presque douter qu’il s’agit bien du même homme. Les uns se souviennent d’un professeur qui enchantait ses étudiants en lettres à la faculté d’Aix-en-Provence. D’autres se rappellent les combats pour enlever à la droite la mairie de la vieille cité provençale. Certains l’ont découvert après avoir vu Miou-Miou dans « La lectrice », de Michel Deville, adaptation d’un de ses romans, écrit en 1985. On pourrait citer aussi le poète du « Bois vert », publié en 1953 chez Seghers. Il y en a d’autres : son soutien à Gabrielle Russier, cette enseignante poursuivie pour avoir eu une histoire d’amour avec un de ses élèves, et qui s’est suicidée en apprenant que le parquet faisait appel de son acquittement, avait fait grand bruit dans le département en 1969. L’auteur de ces lignes préfère celui dont le roman, « La Fontaine obscure », avait été publié en feuilleton dans l’Humanité en 1976. On y lisait l’histoire de Gaufridi, curé des Accoules à Marseille, brûlé pour avoir aimé une de ses paroissiennes. Vous avez dit « résonance » ?
Tel était Raymond Jean, né le 21 novembre 1925, à Marseille, d’un père inspecteur des Douanes et homme de gauche. Résistant, il poursuit ses études de lettres qui le conduiront à enseigner en Bretagne, au Viet-Nam et au Maroc. Rappelé en France pour son soutien à la lutte des Algériens pour l’indépendance, il est nommé dans sa région natale. Il mène de front carrière d’écrivain, quittant tôt la poésie pour le roman, et de professeur d’université, une brillant essayiste. On lui doit ainsi, dans la veine littéraire « Le village », (1966), « La femme attentive », (1974), « La rivière nue », (1978), « L'or et la soie », (1983), « L’Attachée » (1993) entre autres titres d’une bibliographie prolifique. Il est également l’auteur d’essais sur Éluard, Nerval, Chénier, Sade et d’études de théorie littéraire et poétique. Il fut un des animateurs d’ « Europe » et un critique littéraire du « Monde », toujours très suivi.
Ces activités ne l’empêchent pas d’être un homme de convictions, qu’il rappelle dans « La La singularité d'être communiste » (1979). Ni d’être un homme d’action. « Il fut élu à nos côtés comme conseiller régional apparenté communiste aux élections de 1992 qui virent la victoire de JC Gaudin et la montée en puissance de l’extrême-droite régionale. » rappelle le groupe Front de Gauche au Conseil Régional PACA qui, dans on hommage, salue sa mémoire et souligne « Avec l’ensemble du groupe communiste, il resta ferme face aux manœuvres douteuses de Bernard Tapie pour s’emparer du Conseil Régional. »
C’était un homme complet, de savoir, d’art et d’action dont nous saluons la mémoire.
--> L'hommage que lui rend le Groupe Front de Gauche PACA
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Du fond d’ ma cité HLM
Jusque dans ta campagne profonde,
Notr’ réalité est la même,
Et partout la révolte gronde.
Dans c’monde on avait pas not’ place.
On avait pas la gueule de l’emploi.
On est pas né dans un palace.
On avait pas la CB à papa.
SDF, chômeurs, ouvriers,
Paysans, immigrés, sans papiers,
Ils ont voulu nous diviser,
Faut dire qu’ils y sont arrivés.
Tant qu’c'était chacun pour sa gueule,
Leur système pouvait prospérer,
Mais fallait bien qu’un jour on s’réveille
Et qu’les têtes s’remettent à tomber
ON LACHE RIEN
Ils nous parlaient d’égalité,
Et comme des cons on les a crus.
« Démocratie », fais moi marrer,
Si c’était l’cas on l’aurait su.
Que pèse notre bulletin de vote,
Face à la loi du marché ?
C’est con mes chers compatriotes
Mais, on s’est bien fait baiser.
Et que pèsent les droits de l’homme
Face à la vente d’un Airbus ?
Au fond, y a qu’une seule règle, en somme :
« Se vendre plus pour vendre plus ».
La République se prostitue
Sur le trottoir des dictateurs.
Leurs belles paroles on n’y croit plus,
Nos dirigeants sont des menteurs.
ON LACHE RIEN…
C’est tellement con, tellement banal,
De parler d’ paix et de fraternité,
Quand des SDF crèvent sur la dalle,
Et qu’on mène la chasse aux sans papiers.
Qu’on jette des miettes aux prolétaires,
Juste histoire de les calmer;
Qu’ils s’en prennent pas aux patrons-millionnaires,
« Trop précieux pour notre société ».
C’est fou comme ils sont protégés
Tous nos riches et nos puissants.
Y pas à dire ça peut aider
D’être l’ami du président.
Cher camarade, cher « électeur »,
Cher « citoyen-consommateur »,
Le réveil a sonné, il est l’heure,
d’remettre à Zéro les compteurs.
Tant qu’y a d’la lutte y a d’l'espoir.
Tant qu’y a d’la vie, y a du combat.
Tant qu’on s’bat c’est qu’on est debout.
Tant est qu’on est d’bout, on lâch’ra pas.
La rage de vaincre coule dans nos veines.
Maintenant tu sais pourquoi on s’bat.
Notre idéal, bien plus qu’un rêve.
Un autre monde, on a pas l’choix.
ON LACHE RIEN… (HK & les Saltimbanks)