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Je ne dirais jamais de mal du travail des personnels soignants et non-soignants des hôpitaux publics que j’ai eu à croiser dans ma vie et je crois que plus d’un peuvent remercier ces anonymes pour le travail remarquable accompli parfois dans des conditions exécrables. C’est un de mes amis qui ne jurait que par son refus de fréquenter l’hôpital de proximité qui, aujourd’hui, pourrait le mieux témoigner de la prise en charge dont il a bénéficié. Cet ami est toujours vivant et pourtant longtemps il a nié le « besoin de santé », préférant s’estourbir la tête dans une vie pas toujours rose. Son regard a évolué, disais-je mais pour combien de temps ? Non pas que mon ami se mettrait à changer d’avis après une telle épreuve… Simplement, il pourrait se retrouver un jour à ne plus pouvoir accéder à des soins pour poursuivre sa remise en état par disparition pure et simple de ce qui l’a sauvé aujourd’hui et qui demain lui demandera un effort de quelques dizaines de kilomètres en plus… si les secours arrivent à temps.

Car il ne faut s’y tromper, ce qui se joue dans l’ombre des bureaux parisiens est bien la mort programmée de nos unités de soins à taille humaine. En effet, comme l’exprime parfaitement bien le Dr Grimaldi, grand ponte de la Pitié-Salpétrière à Paris*, nos gouvernants ont décidé de « tuer l’hôpital public » et son analyse mérite votre lecture.

Nous sommes là, loin des grands débats sur l’euthanasie qui secouent notre pays et l’arbre masquant la forêt, force est de constater que le budget conçu et la fameuse tarification à l’acte qui sera mise en œuvre par notre gouvernement va conduire à la fin de la santé publique en France.  Notre hôpital ne pourra se soustraire à ce rouleau compresseur qui verra se fermer tous les services jugés non rentables par les autorités dont la mission n’est, ni plus ni moins que de livrer ce secteur aux assurances et aux grands groupes d’investisseurs, ses fonds de pension spécialisés dans la santé. Déjà, nous assistons à un regroupement par capitalisation, rachats de toutes les cliniques petites ou grandes qui présentent un intérêt pour les requins de la finance. C’est le cas d’une célèbre clinique montalbanaise qui vient d’être rachetée, c’est encore le cas aussi  pour d’autres moins connues. Ces regroupements sont d’ores et déjà jugés rentables avec des personnels soumis à des obligations de services et des cadences infernales.

En quoi, cela affecte t-il notre petit hôpital à dimension humaine ? Et bien, avec ce principe qui veut que le budget des établissements est prévu en fonction du nombre d’actes enregistrés, les pathologies légères mais rémunératrices vont être orientées vers le privé et les pathologies lourdes dispensatrices de temps vers l’hôpital public dont la fonction première est d’accueillir tous les malades… Nous voyons même depuis quelques temps, des malades opérés dans le privé, mis « à la porte » au bout de 3 à 5 jours, revenir dans le public à la suite de complications post opératoires. Les premiers ont encaissé le chèque de la sécu et les seconds n’ont plus qu’à soigner parce que c’est leur mission.

Ce n’est plus Hippocrate, c’est Hypocrite !

Et nous laisserions faire cela ? Besoin de santé ? Qui a dit qu’il fallait avoir la santé ?

Démocrite le 26 mars 2008

|->http://moissacaucoeur.elunet.fr/]


* [->http://www.monde-diplomatique.fr/2008/02/GRIMALDI/15627]

Tag(s) : #Chroniques