Il y avait un peu, et même beaucoup de cela dans l'hommage rendu au poète
berbère, Slimane Azem, dans la grisaille moissagaise de cette fin d'octobre. Il s'agissait plus que d'une dédicace car ici, point d'orgueil, seulement des hommes et des femmes, humbles, presque
timides d'être ainsi sous le feu des projecteurs qui n'ont à partager que leur mémoire comme une écharpe avec ses douleurs, ses cris, ses déchirements et ses joies. Ils étaient venus, nombreux
mêlant leur youyous à la foule assemblée dans ce sanctuaire de l'écriture romane, dans une salle soudain rendue trop petite pour la grandeur d'âme d'un poète disparut, il y a... 25 ans
déjà ! Il n'est jamais trop tard pour mesurer la portée des mots et les centaines d'écrits de l'homme dans l'exil permanent de sa vie se devait d'être d'une résonance à nulle autre pareille
dans une communauté éparse et démantelée pour ne pas avoir voulu se soumettre, hier aux coloniaux, aujourd'hui aux intégrismes de tout acabit. Puis vint le soir et la foule compacte qui se
pressait aux entrées de ce temple moderne dans lequel les dédicaces prenaient des accents musicaux à l'image des volutes sonores qui envahissaient la scène, les coulisses et la salle toute
entière. Les enfants de la chorale avaient de l'impatience dans la voix et de la passion dans les mots sous la houlette de Mouss et d'Akim, passeurs de mémoires dés cet instant. La rencontre
avait des accents que ne renieraient aucunes marseillaises au monde. La rencontre avait alors une majesté inégalée et, nous voisins inconscients d'avoir laissé cette voix dans l'ombre tant
de temps, nous n'avions d'yeux que pour Idir, sa faconde, sa présence et sa manière de rendre l'hommage brillant pour l'inscrire au firmament de la chanson.
Rien alors ne sut, ni ne put
arrêter l'expression des 2ème, 3ème et bientôt 4ème générations qui ensembles, dansaient aux sons des montagnes, dans un mélange détonnant d'électro-acoustique,
entre l'ancien et le moderne... Les dédicaces des uns et des autres au poète disparut prenaient alors des hauteurs insoupçonnées et l'éternité se peuplait de la présence de tous ceux qui savaient
combien il faut savoir aimer les siens, chérir ses origines et construire sa vie, sur un bout de terre pour savoir combien cette dernière est notre bien commun, combien celle ci est
universelle... Gageons que nous saurons les entendre !
Démocrite le 2 novembre 2008
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