Lundi 3 novembre 2008 1 03 /11 /2008 11:34
Il y avait un peu, et même beaucoup de cela dans l'hommage rendu au poète berbère, Slimane Azem, dans la grisaille moissagaise de cette fin d'octobre. Il s'agissait plus que d'une dédicace car ici, point d'orgueil, seulement des hommes et des femmes, humbles, presque timides d'être ainsi sous le feu des projecteurs qui n'ont à partager que leur mémoire comme une écharpe avec ses douleurs, ses cris, ses déchirements et ses joies. Ils étaient venus, nombreux mêlant leur youyous à la foule assemblée dans ce sanctuaire de l'écriture romane, dans une salle soudain rendue trop petite pour la grandeur d'âme d'un poète disparut, il y a... 25 ans déjà ! Il n'est jamais trop tard pour mesurer la portée des mots et les centaines d'écrits de l'homme dans l'exil permanent de sa vie se devait d'être d'une résonance à nulle autre pareille dans une communauté éparse et démantelée pour ne pas avoir voulu se soumettre, hier aux coloniaux, aujourd'hui aux intégrismes de tout acabit. Puis vint le soir et la foule compacte qui se pressait aux entrées de ce temple moderne dans lequel les dédicaces prenaient des accents musicaux à l'image des volutes sonores qui envahissaient la scène, les coulisses et la salle toute entière. Les enfants de la chorale avaient de l'impatience dans la voix et de la passion dans les mots sous la houlette de Mouss et d'Akim, passeurs de mémoires dés cet instant. La rencontre avait des accents que ne renieraient aucunes marseillaises au monde.  La rencontre avait alors une majesté inégalée et, nous voisins inconscients d'avoir laissé cette voix dans l'ombre tant de temps, nous n'avions d'yeux que pour Idir, sa faconde, sa présence et sa manière de rendre l'hommage brillant pour l'inscrire au firmament de la chanson.
Les femmes chamarrées, en tenues colorées lançaient des stridences au gré des mélodies et le Maghreb s'enivrait de senteurs méditerranéennes aux accents kabyles et arabes réunis. La fête battait son plein loin des discours sur l'immigration, loin des agitations politiciennes et « Origines Contrôlées » fit son entrée pour une apothéose de mots au travers d'un siècle de poésies et de chansons. La parole des anciens retrouvait une fraîcheur dans les mots de l'exil de celles et ceux qui ont fait un métissage des langues et des esprits.
Rien alors ne sut, ni ne put arrêter l'expression des 2ème, 3ème et bientôt 4ème générations qui ensembles, dansaient aux sons des montagnes, dans un mélange détonnant d'électro-acoustique, entre l'ancien et le moderne... Les dédicaces des uns et des autres au poète disparut prenaient alors des hauteurs insoupçonnées et l'éternité se peuplait de la présence de tous ceux qui savaient combien il faut savoir aimer les siens, chérir ses origines et construire sa vie, sur un bout de terre pour savoir combien cette dernière est notre bien commun, combien celle ci est universelle... Gageons que nous saurons les entendre !

Démocrite le 2 novembre 2008


Par Démocrite/Maximilien - Publié dans : Chroniques
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