Lundi 12 janvier 2009
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C’est dans les années 70 que le mouchoir en papier, ou plutôt en ouate de cellulose se démocratisa et relégua
dans le fond des armoires nos bons vieux carrés de tissus que nous gardions, plein d’intempéries nasales au fond de nos pantalons sachant que maman nous reprocherai une fois encore cet oubli. Nous
cultivions alors nos rhumes comme autant d
e marques d’affection pour nos géniteurs qui tentaient vainement de supprimer la goutte fatidique qui pendait tout au long de l’hiver.
Le progrès aidant, des milliards de miasmes se perdirent dans des poubelles sans fond, des caniveaux et notre hygiène puérile connut une embellie saluée en son temps par la faculté. L’accessoire
est donc devenu indispensable et a trouvé au fil du temps bien des utilisations, la plupart honorables, certaines inavouables je le crains. Toujours est il, qu’une grande surface digne de ce nom se
doit de pourvoir à la demande en proposant divers modèles plus ou moins chers, plus ou moins parfumés ou pliés. C’est là que l’affaire se corse, et je n’en avais cure (c’est le mot qui convient !)
jusqu’au jour où je faillis crier au scandale en plein étalage. La raison de mon courroux se résumait ainsi : pour une somme en légère augmentation, mon paquet diminuait de 2 ou 3 pièces.
L’arnaque était honteuse et valait bien celle de ce grand groupe industriel qui rogne sur le grammage des biscuits pour gagner une fortune en plus. Je tempêtais, vitupérais mais me pliais à
l’incongruité de la situation prenant à partie la ménagère voisine qui partageait alors mon point de vue. C’est à ce moment là que je me souvins de cet excellent article, lu au détour d’une salle
d’attente (pour un mauvais rhume) qui expliquait alors combien les marques, petites et grandes, tentaient de nous faire croire que notre niveau de consommation était le même et qu’en fait nous
n’avions pas à nous en faire, la crise allait passer comme le nuage de Tchernobyl, sans faire de dégâts ni chez vous, ni chez moi… Ces messieurs-dames, bien pensants avaient imaginé rogner sur les
poids et quantité, pour pouvoir conserver leurs marges de bénéfices et complaire ainsi de manière zélée au diktat des actionnaires.
Si j’en avais suffisamment, je sortirais un mouchoir et pleurerai de rage à savoir comment nos riches amies les marques (slogan célèbre) nous prennent pour des gogos. Mais à sortir nos mouchoirs,
il y a bien d’autres raisons et ce n’est pas cette mère de famille de Molex, cet intérimaire d’EADS, ce précaire qui me diront le contraire, car ne nous y trompons pas, dans une société qui
assimile trop souvent les gens à des mouchoirs jetables, il ne faut pas s’étonner si cet objet représente une valeur en hausse.
Gageons que cette année encore, nous aurons l’occasion de les sortir et qu’importe que nous devions pleurer dans 7, 8 ou 10 pièces par paquets, quand nos yeux seront secs, nous aurons d’autres
colères. Quand elles exploseront, les larmes se feront féroces et à l’heure des comptes, personne ne pourra mettre un mouchoir sur le passé, sur les choix faits.
Le mouchoir, fut-il de papier redeviendra cet outil dérisoire qui nous donne une apparence humaine quand humide il nous débarbouille, nous essuie, nous rafraîchi, en un mot nous est utile voire
indispensable !
Je ne sais même pas si il sera de tissu (écologie oblige !) ou de papier…
Moissac le 10 janvier 2009
*In « 60 millions de consommateurs » n° 431 - octobre 2008
Par Démocrite/Maximilien
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Publié dans : Chroniques
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