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Les fascistes n’ont pas de poètes.
Par Alain Bousquet

Le début de la nuit fasciste commence toujours par des saloperies rampantes, des aigreurs qui flottent, des bruits anonymes…Et puis un soir, il sort sa sale face de pierre, on hésite, on ne le reconnaît pas, c’est lui vous croyez ? N'exagérons pas...

Et puis un soir un enfant de 18 ans le prend dans la gueule.

C’est l’âge du temps des cerises et des beaux jours, c’est l’affichage de l’espoir, l’éclat de la jeunesse éternelle, le rayonnement de la générosité !

C’est l’âge de la flamme, de la lueur, du soleil. C’est le cerisier et le brasier. Tout ce que l’on chérie ils veulent le broyer.

Au gai rossignol, ils préfèrent les ténèbres du corbeau. René Char qui est sans aucun doute le plus grand poète du 20eme siècle (cela ne se discute même pas), entre dans la grande armée des ombres en préservant le « butin de lumière ». La veille du poète, qu’il consigne quotidiennement dans les cahiers d’Hypnos !

Hypnos, le dieu grec, fils de la Nuit et frère jumeau de la Mort. Dans les temps obscurcis, le poète combattant s’obstine précieusement sur les braises du vivant !

« Il agit en primitif, il prévoit en stratège »

Eux ne prévoient pas, ils préméditent. Ils n’agissent pas ils tuent !

On meurt au passage du havre comme l’on meurt à Stalingrad, honneur à toi ! Ecrivait le grand Pablo Neruda.

« Garde pour moi un morceau de violente écume, garde-moi un rifle, garde pour moi une charrue, et qu'ils le mettent dans ma sépulture avec un épi Rouge de ton état, pour qu'ils sachent, s'il y a un doute, que je suis mort(e) en t'aimant et que tu m'as aimé(e), et si je n'ai pas combattu(e) dans ta ceinture je laisse dans ton honneur cette grenade obscure, ce chant d'amour »

Il parlait de Stalingrad ! Je parle d’un enfant !

En m’interrogeant sur le dérèglement mental qui conduit à assassiner froidement, à coup de poings à coups de pieds, je suis arrivé, hier soir assez vite, à la conclusion suivante.

Il n’y a pas de Prévert, pas de Desnos, pas d’Aragon ou de Brassens, pas d’Eluard chez les fascistes !

La barbarie n’accepte pas la poésie, incompatible !

L’enfant qu’ils ont tué hier s’appelait Clément, Clément comme Jean-Baptiste, Clément comme Clément, comme Pablo, Clément comme René ou Georges ….

Ce ne sont pas des skinheads qui auraient tué un extrémiste de gauche ! Il n’y a pas, il n’y aura jamais de fausse symétrie avec l’extrême droite, la presse qui noircit du papier devrait s’interroger sur le mal qu’elle entretient en renvoyant dos à dos les bêtes immondes et la victime !

La parole fétide qui s’est rependue ces dernières semaines est des bouts de la nuit qu’ils répandent. Ils sèment la mort, versent le deuil, déclenchent l’insoutenable tristesse de sa famille et de ses camarades !

C’est parce que nous sommes la « parti de la vie, contre le Parti de la Mort » qu’aujourd’hui nous nous tairons. Demain comme le poète nous agirons en primitifs, nous prévoirons en stratèges.

RIP

Tag(s) : #Ils, #elles le disent si bien, #Mots d'humeur