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Il s’en est allé ainsi, après plus d’un siècle d’une vie aux caprices incertains. Il s’en est allé vers ce monde opaque. Lui, ne croyait plus beaucoup à la lumière des hommes et des pensées et voilà qu’il est lui même au centre des projecteurs pour les besoins de la nation, la grande, la vraie, la patriotique… Cette nation qu’il a voulue servir malgré son jeune âge, qu’il a servi malgré son origine italienne et qui l’a remercié avant d’attendre 20 ans pour l’accueillir en son sein en entrepreneur avisé qu’il était devenu.

Aujourd’hui, il n’en manque pas un, ni une pour lui rendre un dernier hommage. Le « dernier poilu », le « rescapé des tranchées », le dernier « héros », le dernier « survivant »…

N’en jetez plus !

Le vieux monsieur, quand à lui, a longtemps refusé les hommages, les breloques et autres commémorations. Il ne souhaitait plus qu’être présent le plus longtemps possible devant le monument aux morts pour honorer tous les camarades disparus. Il disait souvent combien la guerre était moche, combien elle ne méritait pas que l’on se fasse tuer pour des empires ou des frontières*… Avec le temps et l’âge venant, son discours s’était rôdé et puis, et puis il a cédé pour faire plaisir à ses enfants, ses petits enfants, ses arrières petits enfants. Il a accepté une messe non pas pour lui-même mais pour tous ceux d’un bord comme de l’autre qui sont morts, qu’ils soient civils ou militaires. Il répétait à l’envie que des "obsèques nationales, sans tapage important ni grand défilé, au nom de tous ceux qui sont morts, hommes et femmes" *suffiraient au moment de son trépas.

Celui qui avait aussi été un homme de paix risquant la cour martiale pour sa fraternisation avec des soldats autrichiens, celui qui était devenu résistant dans les combats de l’ombre contre la barbarie nazie ne doutait pas un instant que l’hommage qui lui serait rendu serait aussi celui pour tous les morts. En ce sens, son refus d’être logé au Panthéon était logique !

Alors, Monsieur le président de la République, je vous demande, comme M. Ponticelli que vous rendiez hommage à tous les morts et plus particulièrement à tous ceux qui méritent une réhabilitation de leur honneur, de leur nom. En effet, ils sont plusieurs milliers à être tombés sous les balles de leurs camarades, fusillés pour l’exemple, abattus par leur officier au moment de l’assaut pour avoir mis crosse en l’air, pour avoir revendiqué leur statut d’homme, pour avoir refusé l’innommable et l’absurde d’ordres imbéciles tombés de la suffisance de certains généraux, pour avoir voulu être pacifistes.

En disparaissant, Lazare Ponticelli nous laisse en héritage ce devoir de mémoire, le devoir de toute la mémoire de ces instants tragiques. Gageons, Monsieur le président que vous ne vous contenterez pas seulement d’une messe et que vous saurez trouver les mots pour laver le sang des mains rougies de la République.
Cela serait tout à votre honneur !

Démocrite le 13 mars 2008
*www.lemonde.fr/carnet/article/2008/03/12/lazare-ponticelli-le-dernier-poilu-francais-est-mort_1022139_3382.html

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Tag(s) : #Mots d'humeur
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