Il y
des soirées qui offrent des tranches de vie dont vous ne soupçonnez même pas les réalités. J’en veux pour preuve cette soirée de dimanche que d’aucun qualifie de soirée électorale et qui au
travers de l’excitation contenue de tel ou tel présentateur, de telle ou telle faire valoir journalistique poudrée, nous donne un condensé de tragédie humaine à nul autre pareil.
Au fur et à mesure que se dévidaient les résultats en bandes coulissantes au bas de l’écran, les supporters de chaque camp pointaient du doigt les scores pour lesquels ils avaient encore quelques
espoirs ou quelques craintes. Les invités prenaient place, l’air déjà chagrins ou réjouis, et avec cette faconde qui sied à des personnages importants, ils prononçaient de doctes pensées dans un
débat que personne d’ailleurs ne semblait suivre.
Les interruptions se faisaient plus précises quand une à une les dépêches annonçaient les chutes et les prises des villes présentant un intérêt sur l’échiquier politique. Et puis je me pris au
jeu, non pas que je sois perméable aux discours de certains mais plus par envie de voir jusqu’où les perdants (puisqu’il en faut aussi !) iraient dans leur mauvaise foi lisible et risible et
jusqu’où à l’inverse les gagnants (ou supposés tels) poursuivraient leur avantage sur les premiers.
Le combat fut bien morne et nul ne sortis vainqueurs ou plutôt si, il y eu de nombreux perdants, ceux là même qui pensaient encore tirer de ces augustes personnages des envies de poursuivre les
combats auxquels ils croient encore.
Le présentateur de cette chaîne fut remplacé par un autre d’une chaîne concurrente au gré de mon zapping infernal et les heures sonnaient déjà la litanie de l’ennui quand le frais minois de
Marion Cotillard vint égayer la lucarne malgré la noirceur des sentiments qu’elle déployait dans cet opus du 7ème art. D’une image l’autre, l’effet était plaisant et les déchirements
de l’héroïne rendaient encore plus vivant les vivats d’une foule, les remerciements d’un ou une candidate, les commentaires des micros de service tendus à bras corrompus dans les lumières des
hôtels de ville provinciaux.
Et puis, je m’aperçus que dans le scénario, il manquait quelqu’un et même quelqu’une, cette personne anonyme qui a fait ou défait les majorités de l’instant, ce peuple absent du débat et pourtant
si présent malgré les ego des vedettes sous les projecteurs.
Car après tout, n’est ce pas pour lui et en son nom que les futurs édiles ont concourus au marché des élus en tout genre ? N’est ce pas pour lui qu’au soir des résultats, les uns n’auront
plus que la tête dans les futures responsabilités pendant que les autres ressasseront l’amertume de la défaite ? Absent le peuple, oui un peu trop à mon goût et c’est peut-être pour cela que
je me bats encore…
Démocrite le 17 mars 2008