(à Jean Ferrat)
Il app’lait ça « le chant des roses »
Ces coups de poings ; quand on est seul
Faut les encaisser, et c’est tout.
C’était des morsures de loups,
Un soir, à Paris, sur un pont,
Je ne me souviens plus du nom,
Mais c’était une ratonnade.
Faut pas en parler, c’est pas bien,
Ça éclabousse le nom des siens,
Ceux que l’on nomme : citoyens,
Flics ou voyous, c’est tout pareil
Je ne suis pas de cette harde.
C’était à Paris, aux temps lourds,
Du Luxembourg jusqu’à la Seine.
Paris, Paris, ô mon amour,
Quelle tragique mise en scène !
Nous étions là, quelques témoins,
Sans pouvoir y faire grand’chose
Pour éviter ces ecchymoses
Mais le sang nous serrait les poings.
Quand on l’a jeté dans la Seine
Ce ne fut plus qu’un paquet gris
Avant sa chute, il a souri ,
Et siffloté le chant des roses.
Corps dérivant, inanimé,
Comme un paquet de linge sale
Dans le flot de la capitale ,
Sic fluctuat nec mergitur ,
L’homme passait entre les tours,
Saint-Jacques, Saint-Denis, Notre-Dame,
Et nous cherchions, les yeux perdus,
L’ombre de ce frère abattu
Pour son allure musulmane.
Il faisait partie du panier
Honte à ceux qui l’ont déversé
Après force coups de tatanes.
L’histoire, peut être, un jour, dira
Ce que ces «bicots » faisaient là
Dans les remous noirs de la nuit.
Oui, honte à ceux qui ont commis
Ce massacre au cœur de Paris
Tant pis si je suis subversif
Flics ou voyous, c’est tout kif-kif.
Je ne suis pas de cette harde.
René Hervieu, déc. 09