Nous ne sommes pas assez idiots pour oublier qu’une maison d’édition comme la nôtre ne peut vivre sans subventions. Nous ne sommes pas assez inconscients pour savoir que notre liberté de penser nous interdit toute subvention. Alors comment préparer, malgré tout, notre dixième anniversaire en 2017 ? En s’en tenant à deux principes : user du langage de la vérité avec tout le monde, et s’appuyer sur la cinquantaine de personnes qui, par leur diverses actions, nous soutiennent (des exemples dans l’édito). Qu’est-ce à dire ?
Le langage de la vérité
Supposons qu’on se propose d’écrire une histoire de la Troisième République à Castelsarrasin (cas pris au hasard) et qu’on aille voir le maire en lui disant qu’on va publier 1000 exemplaires, qu’il peut en faire la préface, et s’il n’a pas quelques subventions à offrir. Aussitôt le maire se dit qu’à 1000 exemplaires c’est sans doute consensuel, qu’il y a quelques bénéfices à en retirer et qu’il faut aider une entreprise aussi courageuse. Toute personne un peu au fait des réalités sait par avance qu’il n’y a pas un marché pour 1000 exemplaires mais qu’importe ! De plus en plus, nous sommes dans une société à la soviétique où les politiques aiment s’inventer une réalité à leur convenance, jusqu’au moment où le réel authentique leur revient en pleine figure (ils parlent alors de crise !). Nous publions de 50 à 800 exemplaires en tenant compte de nos moyens de diffusion, du sujet traité, de la période etc. Bien sûr, toute personne cherchant à s’exprimer souhaite toucher le plus de lecteurs possibles et je lisais dernièrement un écrivain qui pense, qu’à écrire, seul l’objectif du chef d’œuvre est digne d’intérêt. A quoi se mesure un chef d’œuvre ?
Une action soutenue
Dernièrement, après une signature à Caussade, le compte-rendu de La Dépêche indique quelques-uns de mes titres publiés, aussi six jours après, présent sur le salon de Nègrepelisse un habitant de Miramont de Quercy, suite à cette lecture, est venu acheter le livre édité il y a deux ans sur Renaud Jean. Les lecteurs de livres de La Brochure sont des personnes extrêmement motivées. Le plus souvent elles découvrent, qui sait comment, que nous avons publié un livre d’André Laban, elles se doivent d’aller chez un libraire comme Anecdotes, Livres et Compagnie, à Limoges, pour le commander, et ensuite elles accèdent au livre (à Limoges nous avons aussi vendu trente exemplaires du livre de Maxime Vivas dans une autre librairie). La très grande majorité de nos livres sont à présent diffusés ainsi : sans être présents dans une librairie mais par la lecture du blog, le bouche à oreille et la passion des uns ou des autres pour tel ou tel sujet. Si au salon de Nègrepelisse nous avons vendu dix livres c’est grâce à la diversité de nos productions. Bien sûr, M. Caujolle à côté de moi, avec le seul Mystères du Tarn-et-Garonne en a vendu plus. Auteur de livres de poésie qui sont sa passion, sa substantifique moelle, il n’en a pas vendu. Ainsi est la vie. L’action soutenue c’est une complémentarité d’actions, et tant qu’une action en amène une autre, la vie continue, la liberté avance.
Encourager les autres
Nous ne vivons pas pour nous-mêmes aussi notre satisfaction c’est quand notre action encourage d’autres personnes à créer une association, un blog, une réunion ou toute autre forme d’intervention. Il est même arrivé que notre action soit utilisée par des institutions en quête d’originalité. Il n’y aura d’humanité plus humaine que par la prolifération d’interventions populaires. Mais, sans sectarisme ou démagogie, nous ferons toujours la distinction entre les interventions courtisanes adaptées au développement actuel du féodalisme, et les interventions citoyennes adaptées à la révolte qui monte contre le féodalisme en question. Jamais nous ne ferons la promotion de livres qui, sous prétexte d’apporter quelques connaissances, distillent l’idéologie dominante. D’autres, très nombreux, sont là pour ça. Avec un tel état d’esprit, la Brochure sait à présent qu’elle est en route pour dix ans.
Jean-Paul Damaggio
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