VIII
Dés-espoir
Dans l’ombre de la nuit, mes rêves s’habillent de ces sourires volés à la clarté du jour, de ces regards croisés qui ne savent plus dire, plus se lire. Les étoiles brillent au firmament de ma colère de ne plus pouvoir être ce qui à jamais n’est plus pour ne pas avoir été. Le miroir du temps soutient mon désespoir et mine mon présent comme il me renvoie l’image de ma propre angoisse à vieillir plus que de raison. Le lit est froid pour abriter l’hiver de mes passions et, j’écoute l’horloge de minuit qui égrène mes insomnies. Je te sais là, silencieuse et lointaine comme un rêve que je n’atteindrais jamais et pourtant je sais combien tu payes chèrement ton entrée au bal des contradictions. J’en souffre d’autant, comme je brûle de retenues pendant que tu te consumes…
Dans l’ombre complice de la nuit, mes rêves ont le talent qui me fait défaut pour inventer ce monde qui résonne de ton absence. Et la geste se fait morose comme un calvaire assumé dans le champ d’un monologue qui se brise à l’orée de mon orgueil. J’ai appris de la flétrissure la contrainte des mots et une patience infinie qui confine à cette sagesse que je n’ai pas. Mes pensées se voilent d’une réalité que je n’ai pas su raisonner et pourtant je n’ai de regret que pour ce qui ne pouvait être. Le souffle de la lune est léger et je m’endors dans mes incertitudes avec le bonheur d’avoir retrouvé mes fragilités d’antan. Le « je » de mon discours s’appesantit et mes mots se perdent dans ton besoin de vivre l’instant pourtant… J’en devine ton questionnement !
Dans l’ombre de ce matin blême, mes rêves s’évanouissent en volutes colorées, libres de n’avoir pu se réaliser. Je me lève et arpente ma vérité sans que je ne puisse me résoudre à l’abandon de ma chimère comme un éveil inespéré. Tu n’as pas encore pris la mesure, la portée de l’abandon de mes certitudes et au grand jeu des sentiments, j’ai redécouvert mes fragilités enfouies avec une pointe d’angoisse mêlée au plaisir de me savoir toujours capable de peindre la vie avec mes mots. La chaleur d’un pâle soleil irradie de renaissance cet instant que je savoure, seul, désespérément seul, pour goûter le commencement de la journée. Je te sais lové dans la présence de ta jeunesse sans que je n’en recueille l’essence et mes espoirs redonnent du sens à la quête insensée que j’avais oublié dans les plis du temps.
Dans l’ombre, je te souhaite une quête aussi belle, un espoir aussi grand…