...La météo alimentait les propos des gens du cru et en l'absence de messe, les dimanches matins sur la place du village s'emplissaient des commentaires des uns et des autres autour du sacro-saint apéritif. Le jaune avait la couleur du bon dieu et d'aucun maudissait le ciel et tous ses apôtres de la dureté d'une vie qui empêchait le monde de tourner comme il devait tourner, c'est à dire dans le bon sens.
Les flaques étaient devenues des mares et je pressentais que mon attente serait vaine car la belle n'oserait se montrer par un tel temps. J'avais tant de choses à lui dire et je ne savais pas encore comment le lui dire... Ni quand !
J'avais de la grisaille au cœur quand je résolus d'aller retrouver les bras de Morphée ou à défaut ceux de ma femme...
C'est un « je ne sais quoi » qui m'alerta au petit matin. Le clapoté permanent des gouttes qui s'écrasent sur les vitres m'avait endormi ainsi que ma méfiance. Je jetais un œil sur le jardin et m'aperçus qu'en lieu et place des flaques, il y avait désormais une mare qui menaçait mes cultures. Je réveillais ma compagne et nous nous mîmes à guetter les signes d'une évolution dans un sens ou dans un autre, une modification de l'étendue boueuse qui se gonflait d'importance sous nos yeux. Le sol détrempé et durcit ne buvait plus rien. Déjà des rigoles se creusaient en emportant les maigres touffes d'une herbe qui avait jauni de trop de passages. Je ne sais pas vous, mais je n'ai jamais aimé l'eau en trop grande quantité car elle est difficilement maîtrisable. Une fois un café brûlant avalé, je sortis sous la pluie qui ne cessait pour aller jeter un œil. De près, cela ressemblait furieusement à une petite inondation. Je ne pus que constater combien la montée des eaux n'était pas une vue de l'esprit. Ce furent les fossés longeant notre propriété qui les premiers accusèrent le coup en déversant leur trop-plein dans mon potager. En certains endroits, l'eau submergeait le haut de mes bottes et je pressentais qu'en l'absence d'un arrêt brutal de la dégringolade céleste, nous étions bons pour vivre notre première catastrophe naturelle. Le niveau montait et affleurait à présent le pied de la maison alors que, chez le voisin, le liquide boueux s'infiltrait déjà dans le garage. Avec ma compagne, nous prîmes très vite quelques précautions qui se résumèrent à monter d'un cran le contenu de la pièce du bas... mon bureau ! Dans le débarras qui jouxtait cette partie de la maison, seul le congélateur méritait que nous l'élevions au-dessus de la mêlée liquide pour éviter qu'il ne se noyât dans la fange qui descendait des collines.
La pluie cessa, pas la montée des eaux.
Au fond du jardin, le ruisseau, du nom d'une rivière locale, avait pris ses aises et avait des allures de fleuve important.