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Il me fit répéter pendant qu'il enfilait des chaussures et attrapait au vol un imper de chantier. Sa première pensée sembla aller tout droit vers son garage étant entendu que sa maison posée sur un vide sanitaire conséquent ne risquait pour l'heure rien, hormis une remontée de la fosse septique. Nous étions, de ce fait, logés à la même enseigne et je lui conseillais de boucher ses toilettes avec des serpillières pour éviter des déconvenues nauséabondes.

Je remarquais l'absence de la belle en robe rouge et sans vergogne j'en demandais de ses nouvelles. Mon voisin me répondit que, pour l'heure, elle était le sujet de son inquiétude et je ne me permis pas de poser plus de questions de crainte de paraître trop curieux. Le cours d'eau était bel et bien sorti de son lit et paradait en de multiples bras aux courants puissants entre les maisons, les bâtiments et les cabanons de notre quartier. Nous étions en train de recueillir les ruissellements de toutes les collines alentours, de toutes les rigoles et autres rus qui caracolaient le long des pentes en de multiples torrents glissants sur une terre qui ne retenait, depuis longtemps plus rien, brûlée qu'elle était de tant de pesticides.

Nous eûmes un mal fou à ouvrir la porte coulissante du garage et nos efforts étaient sans cesse contrariés par la poussée fluviale. Quand enfin...

Elle était là, au milieu d'objets épars et flottants que l'eau avait délogés de leurs rangements habituels. Mon voisin se précipita vers elle alors que je restais interdit et muet. Une fois près d'elle, il me dit quelque chose que je ne compris alors pas et je ne me souviens que de l'élan qui me poussa vers elle en poussant un juron pour masquer mon désarroi. La belle avait les pieds, que dis-je les jambes, ou plutôt les roues dans l'eau jusqu'à la base de ses sièges et mon voisin ouvrant la portière ne put que constater qu'il ne pourrait monter à son bord.

En unissant nos efforts, en poussant, en tirant, nous arrivâmes à sortir la rutilante 2 CV rouge rubis de sa piscine obligée. Une fois dans l'allée, nous la tirâmes à l'abri des flots en direction de la maison.

Le reflux semblait s'amorcer : la belle était sauvée !

Plus rien n'avait d'importance... Pourtant, il me faudrait attendre encore un peu avant d'entendre à nouveau le ronronnement de son moteur si caractéristique, et je ne pouvais cacher ma satisfaction de la savoir tirée d'affaire.

FIN 

Moissac le 5 janvier 2008
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Tag(s) : #En vers et en prose
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